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Le fer au XVIIIe siècle

L’exploitation du fer jusqu’à la Révolution

A cette époque, l’industrie sidérurgique en France est localisée dans deux grandes régions, le Centre et l’Est. Dans cette dernière région, celle qui nous intéresse, elle se répartit en trois zones : les plateaux de Champagne et de Bourgogne, la lisière des Vosges et la Franche-Comté. Ces deux régions produisent 90% de la fonte et 85% du fer français, mais la région de l’Est intervient pour 70% des besoins. Beaucoup d’établissements sidérurgiques de l’Est se sont seulement développés à partir du 17e siècle. Dans le Centre (Nivernais, Berry, Limousin et Périgord), bien que cette industrie soit beaucoup plus ancienne, elle est alors en pleine décadence.

Répartition du travail du fer

Les mines de fer avant 1789 dans le quart nord-est de la France

Il fallait du minerai, du bois et de l’eau. Avec les moyens de transport peu efficaces et coûteux, le bois et le fer devaient être pratiquement à proximité. Les usines recherchaient la proximité des forêts et se répartissaient donc le long des rivières qui faisaient mouvoir les patouillets, les bocards (marteaux de broyage du minerai) et les soufflets des « fourneaux ».

Le minerai
Les gisement abondants sont rares, exceptionnellement exploités en filons comme dans les Alpes. La plupart des gîtes sont superficiels ou proches de la surface. A Roppe  les mineurs descendent à 70m de profondeur, ce qui rend l’extraction très chère. Ils se sont constitués dans des poches ou en couches dans les terrains du Jurassique (-199 à -145 Ma) et du Crétacé (-145 à -65 Ma). Souvent l’extraction se fait à ciel ouvert.

Le bois
La métallurgie du fer utilise alors exclusivement le charbon de bois. La surconsommation de ce combustible menace les forêts donc l’arrêt de l’industrie du fer. L’ordonnance de 1723 qui avait même interdit de créer de nouveaux fourneaux restera lettre morte tant ce métal était devenu primordial à l’activité humaine. A Bitschwiller, en Alsace « le fourneau ne roule que six mois par an faute de charbon [de bois] ». A Achey, en Haute-Saône, une usine chôme depuis plus de cinq ans « par rapport à la pénurie de bois ». A Jougne dans le Doubs, les ouvriers du fer demandent la suppression du fourneau « à cause de l’extrême cherté du bois ». En outre , les villes en grossissant provoquent une forte demande en bois de chauffage. Pour cet usage, dans les pays où il existe de la houille, on recommande « le charbon de terre » pour le chauffage. On ne sait pas encore utiliser la houille en la grillant en coke pour lui enlever le soufre.

L’eau
La fabrication est irrégulière car elle dépend étroitement du régime des rivières pour mouvoir les soufflets de fourneaux et les mécanismes de lavage et de broyage du minerai. Sécheresse, inondations, gel affectent gravement cette industrie. Il arrive que l’on se réjouisse quand le chômage ne dépasse pas trois mois dans l’année !

La transformation du fer
Les manufactures de produits ouvrés s’implantent à courte distance des lieux de production du fer, l’état des routes ne permettent pas le transport lointain  du fer et de la fonte. Dans chaque région sidérurgique on trouve plusieurs activité de transformation. En Franche-Comté nombreuses sont les forges à martinets, les taillanderies, les clouteries, les tréfileries et les ateliers d’horlogerie.
Toute la main d’œuvre provient des villages voisins. Un petit nombre d’ouvriers travaillent au fourneau mais un grand nombre doivent produire le charbon de bois, extraire le minerai, assurer les transports. en voitures à chevaux. Quelques chiffres évocateurs de Côte d’Or : à Fontaine-Française, sur 8 fondeurs il y a 22 mineurs et 30 charbonniers ; à Crancey sur une centaine d’ouvriers, 8 sont à l’intérieur. Un autre exemple, en 1785 en Alsace, dans les forges du baron de Dietrich, sur 918 employés on ne compte que 148 ouvriers de métier, tout le reste se compose de paysans :  »  les forges emploient les laboureurs, leurs enfants, leurs domestiques et leurs bestiaux à couper du bois, tirer et voiturer les mines, charbons et fer pendant l’hiver et dans les temps où ils ne sont pas occupés à leurs travaux particuliers. Ils y tiennent une plus grande quantité de chevaux ; leurs terres sont mieux cultivées, mieux engraissées ».

A la veille de la Révolution, l’industrie du fer utilise encore des procédés anciens, elle est dispersée dans les campagnes, associée au travail agricole. C’est la fondation de l’usine du Creusot (1781-85) qui va annoncer la révolution industrielle par l’utilisation de la houille transformée en coke, par l’énergie de la machine à vapeur, les « machines à feu », par le minerai de fer transporté sur le canal du Charolais (1793). Le chemin de fer sur rails de fonte utilisé pour la mine de charbon est annonciateur d’une autre grande étape…
Malgré ces progrès géants, ces nouveautés mettront longtemps à s’imposer au cours du XIXe siècle.

Voici un exemple d’exploitation très ancienne du minerai de fer à Voillans (25), village proche de Baume-les-Dames…et de  Phaffans Les articles  sont très  documentés et  agrémentés de belles photos. Vous y trouverez  le récit de découvertes récentes suite à des travaux.  Cliquez sur le bandeau du site :


Les mines de Roppe et d’Éguenigue

Voici ma présentation complète faite au château Lesman de Roppe le 27 septembre 2014

(Le diaporama est réglé pour un défilement automatique toutes les 30s. Cliquez sur l’image pour avancer à volonté)


Le baron de Dietrich cite Phaffans dans la liste des mines de fer qu’il visita en « Haute et Basse Alsace » à la fin du 18ème siècle. On ne trouve pas d’anciens sites d’exploitations sur le territoire de la commune. Il évoquait alors la paroisse de Phaffans, dont le périmètre comprenait les mines les plus riches de Roppe et d’Éguenigue. D’autres minières furent exploitées comme celles de Bessoncourt et de Vétrigne au lieu dit « Les Mines ». On sait qu’un mineur de fer, Conrad Barre habitait notre village vers 1761.

L’extraction du fer a véritablement pris son essor en 1688 lorsque les Mazarin rachetèrent le droit de « tirer la mine » aux seigneurs de Roppe.

Le minerai se présente essentiellement sous forme pisolithique, ressemblant en forme et en couleur à des grains de café. Formé à l’oligocène, il est contenu dans des dépôts de remplissage des poches karstiques du calcaire du Jurassique supérieur.

Minerai de fer pisolithique de Roppe

Échantillon de minerai de Roppe

On le trouve aussi sous forme de nodules informes allant jusqu’à la taille du poing, c’est la « mine de champs« . A Phaffans « Sur Haguenau » on trouve à 50 cm de profondeur des concrétions d’oxyde de fer dans la couche d’argile dure sous-jacente à la terre arable.
En extraction profonde, jusqu’ 75m, son exploitation était difficile car les mineurs devaient travailler dans des puits étroits, souvent inondés. Le 5 avril 1728 huit mineurs périrent noyés à Éguenigue.

Pour sa transformation le minerai était livré aux « fourneaux » de Belfort, de Bethonvilliers et de Masevaux. A Belfort un quartier s’appelle encore « Le Fourneau »,  à Bethonvilliers on trouve sur le cadastre le lieu dit « Derrière le Fourneau »


Description des mines de la Baroche par le baron de Dietrich, dans une reproductions de pages de son livre .

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Haut de la page 48

Le reste du chapitre est consacré aux conflits entre propriétaires et seigneurs survenus au cours de l’exploitation de ces minières.

Le baron Philippe-Frédéric de Dietrich, est né le 14 novembre 1748 à Strasbourg. Membre du Sénat, secrétaire-interprète du Mérite Militaire, secrétaire général des Suisses et Grisons, inspecteur des mines, forges et usines de France, de Corse et d’ARouget-de-l'Islengleterre. Membre de l’académie des Sciences (1786), maire de Strasbourg de 1790 à 1792.
Il refusa de voter la mort du Roi et devait être une des victimes du régime de la Terreur. Il fut guillotiné à Paris en 1793 à la suite d’un procès inique car il avait été acquitté en première instance. Quand qu’il occupa les responsabilités de commissaire du roi à la visite des usines, des bouches à feu et des forêts du royaume, il publia son très intéressant ouvrage, encore utile à consulter aujourd’hui : Description des gîtes de minerai… en 3 volumes. Le premier tome de 1786, est consacré aux Pyrénées, le deuxième de 1789 est relatif à la Haute et Basse-Alsace, et le troisième, publié seulement en 1799, mais écrit dès 1788, concerne la Lorraine méridionale.

C’est dans son salon que le jurassien Rouget de Lisle créa le Chant de l’Armée du Rhin qui devint la Marseillaise, chantée pour la première fois le 25 avril 1792. Philippe-Frédéric de Dietrich l’aurait accompagné lui-même au piano, car il était fort bon musicien.

Rg3 pages 7 – 12

RG3, suite..

En avant de Bessoncourt (90) – La Batterie R10.

En avant de Bessoncourt (90) – La Batterie R10.




En avant de Bessoncourt, à la batterie R10, nous trouvons nos deux amis Jaricot et le père Thavard, commandant trois pièces de 120 long. Eux aussi ont construit leur gîte ; à la guerre il faut savoir se débrouiller ; les poilus du 9e s'y entendent.

En avant de Bessoncourt - Tranchée de la batterie R10.

1916 – Bessoncourt – Clayages de la batterie R10



Ils ont su réunir dans leur cantonnement un certain confort qui s’étend jusqu’à leur tranchées. Un clayonnage soigné garantit la propreté tout en conservant l’ouvrage.

Mais nous ne pouvons pas jouir bien longtemps de nos connaissances. Un beau matin l’heure du départ sonne pour ces braves gens. Ils sont contents, ils ont le sourire aux lèvres.

Avril 1915 – Gare de Roppe – Départ vers le front d’Alsace – Maréchal des Logis Duvignon

Un soleil radieux se lève le [?] avril. Nous accompagnons les amis Jaricot et Duvignon à la gare de Roppe, où le petit chemin de fer d'intérêt local va les emmener vers le front d’Alsace. Et bientôt on parlera de leurs exploits, de leurs citations, mais comme partout ailleurs, la mort sèmera à son tour le deuil dans ce petit groupe

Avril 1915 – Gare de Roppe – Départ vers le front d’Alsace

Avril 1915 – Gare de Roppe – Départ vers le front d’Alsace Maréchal des Logis Duvignon (2), Mr Jaricot

Avril 1915 – Gare de Roppe- Départ vers le front d’Alsace – Maréchal des Logis Duvignon (2)

Avril 1915 – A 1 km de Phaffans sur la route Belfort-Dannemarie L’équipe du père Thavard – Monsieur Thavard (2)

L’équipe du père Thavard – Monsieur Thavard (1)

De tous nos amis, il ne nous reste plus que le père Thavard, qui désormais prend la direction des travaux au Moulin des Bois. Son chantier est installé dans une vieille ferme au bord de la route Belfort-Dannemarie à un km environ de Phaffans. A partir de ce moment la « tribu des sans fils » va se lier intimement avec cet excellent homme. On tapera dans sa gamelle et il tapera dans la nôtre ; en un mot ce sera la grande amitié.

Printemps 1915 – Au dessus de Roppe En excursion – Abel Paulmier, Joseph Kugheny, (3), (4)

Printemps 1915 – Roppe – Observatoire sur la plaine de Mulhouse



Dès les premiers beaux jours de printemps nous entreprenons des excursions.

Quand on ne veut pas s'éloigner de trop, on se contente du bois communal au-dessus de Roppe. Tantôt nos pas se dirigent vers l'étang d’Autruche, tantôt vers un observatoire, d'où on découvre la plaine jusqu'à Mulhouse, dont les cheminées se dressent à l'horizon.

Printemps 1915 – L’étang de l’Autruche

Printemps 1915 – Dannemarie (68) – Marcel Bijos (1), Abel Paulmier (5)

Marcel Bijos (1), Pierre Binder (6)

Quand nous allons plus loin, c’est surtout Dannemarie qui nous tente. J’y trouve M. Zislin, plus tard M. Zuber ( Rixheim ). Malheureusement la distance qui nous sépare ne nous permet pas de les rencontrer bien souvent.
Dannemarie respire librement aujourd’hui. La population est heureuse ; l’administration française s’abstient de toute contrainte. On parle le dialecte alsacien, cela paraît naturel.


Les tacots

La gare de Roppe

Phaffans, n’ayant pas voulu participer à son financement, la gare a donc été construite sur la commune de Roppe, à quelques pas des limites des deux communes !

Le chemin de fer d’intérêt local (CFB)

C’est un tramway en voie métrique pouvant s’intégrer aux voies publiques (rues, routes…). L’alimentation électrique des motrices était assurée par l’usine électrique de la Société des Houillères de Ronchamp et celle du Refrain située dans le département du Doubs, près de Charquemont. Il dessert les localités éloignées de Belfort dont l’activité industrielle étaiit alors florissante :  Etueffont, Rougemont ou Lachapelle.

Le Conseil Général en 1906 déclare d’utilité publique le projet. Il  est publié dans le JO du 16 novembre 1909. Dès 1913 le tramway roule sur les voies du CFB (Compagnie des Chemins de Fer d’Intérêt Local du Territoire de Belfort, créée le 26 mars 1913).  La ligne du nord est mise en exploitation en 1913 et 1914 pour Lachapelle. Elle comporte 4 sections :

  • Belfort-Les Errues par Offemont, Vétrigne, Roppe, Denney, Eguenigue, Menoncourt.
  • Les Errues-Etueffont par Anjoutey
  • Les Errues-Rougemont-le-Château par Saint-Germain-le-Châtelet et Romagny-sous-Rougemont
  • Les Errues-Lachapelle-sous-Rougemont par La Grange et Angeot  fut prolongé par l’armée jusqu’à Sentheim en deux mois de travail

La dernière ligne fermera en 1948.  La CFB  est radiée des registres du tribunal de commerce de Belfort le 19 janvier 1954.

Au départ…

Trams en gare de Belfort (derrière le marche Fréry)

1915 - Les soldats en poste à Phaffans embarquent pour le front alsacien à la gare de Roppe

Il ne faut pas confondre le chemin de fer stratégique qui desservait la ceinture fortifiée de Belfort et le tramway des chemins de fer vicinaux. Les deux voies traversaient la Baroche à Denney, la première desservait les forts de Bessoncourt tandis que l’autre assurait, à partir de 1913 le trafic de voyageurs et de marchandises sur la ligne Belfort – Les Errues – Etueffont – Rougemont le Château – Lachapelle sous Rougemont.

N’oublions pas que le tramway joua un rôle stratégique important pendant la Grande Guerre, pour le transport du matériel, des troupes, des blessés et des prisonniers du front sud alsacien. Une extension de ligne fut même spécialement construite pendant les hostilités jusqu’à Sentheim (Haut-Rhin) pour desservir le front.

La voie militaire d’écartement 60cm était constituée de rails préfabriqués à traverses métalliques qui pouvaient être montés et démontés rapidement grâce à un système d’éclisses. La locomotive Péchot-Bourdon modèle 1888 est une locomotive typique : elle est double, possède une cabine centrale, une seule chaudière, deux cheminées et deux foyers ce qui la rend parfaitement réversible. Les forts reliés par le réseau stratégique étaient ceux de Roppe, Bessoncourt, Chévremont, Vézelois, Meroux, le Bois d’Oye, le Salbert, les Barres, les deux forts des Perches et le fort du Mont-Vaudois d’Héricourt.

Le train stratégique en cartes postales

Locomotive Péchot-Bourdon-Baldwin

Locomotive Péchot-Bourdon-Baldwin

Train militaire au départ de Belfort

Sur le panneau on peut lire les directions d’Offemont et de Vétrigne

En direction des forts

Collection du Fond Mayer aux ADTB

Pour plus d’informations sur le chemin de fer stratégique de Belfort, visitez le site Les petits trains de Dany, riche de nombreuses photographies inédites.

Carte générale des réseaux ferrés du Territoire de Belfort

Extraite de la Géographie des chemins de fer français,  H. Lartilleux (édition 1946) – Tome 1

Carte générale des réseaux ferrés du Territoire de Belfort (d'après Lartilleux)


De nombreux conflits

EntêteLa jouissance exclusive de la minière de Roppe a, depuis son exploitation donné lieu à une foule de contestations entre les possesseurs des fourneaux de Belfort et de Massevaux .

En 1686, des lettres patentes permettent au Comte de Rothemberg, seigneur de Massevaux de rétablir les usines qui existaient dans la vallée de ce nom dès l’année 1578, lui accordant la faculté de fouiller la mine dans toute l’étendue de sa seigneurie et trois lieux à la ronde ; cette dernière condition lui donnait droit d’exploitation sur toute la partie de la seigneurie de Belfort, tombant dans son arrondissement.

D’un autre côté le 12 janvier 1688, les seigneurs de Roppe vendent au Duc de la Milleray, seigneur de Belfort, le droit de faire bâtir et construire s’il était bon être, forges, fourneaux, lavoirs et de plus le droit de tirer les mines de fer qui se trouvent dans l’étendue de leur seigneurie de Roppe au préjudice de tous autre, pour en jouir et disposer par le dit seigneur Duc de la Milleray, ses hoirs, successeurs et ayant cause comme chose à eux appartenant. Cette concession amène dès le principe contestation,dans laquelle intervient un décret du conseil d’état du Roi rendu sur requête le 19 novembre 1686, qui fait défense au seigneur de Massevaux de chercher et creuser la mine dans les terrains dépendant de la seigneurie de Belfort. Monsieur de Rothemberg y forme opposition et le 21 octobre 1687 intervient un second arrêt confirmatif du premier. Ces deux arrêts réservant à chaque seigneur le droit d’exploitation sur son territoire, leur donnent néanmoins celui d’exploiter concurremment ceux de Roppe et de Phaffans.

Cet état de chose se maintient jusqu’en 1746 époque à laquelle M. de Reinach, seigneur de Roppe, veut frapper cette exploitation d’interdiction pour les seigneurs de Massevaux. Un premier arrêt du 16 mars 1746 et un second du 20 février 1748 lèvent cette interdiction et le conseil souverain de Colmar ordonne que les seigneurs de Massevaux continueront concurremment avec ceux de Belfort à tirer de la mine des territoires des villages de Roppe et Phaffans sans passer par toutes les phases de cette question constamment restée en litige, j’arrive de suite aux dernières contestations qui s’élèvent entre M. Viellard et Antonin alors propriétaires des fourneaux et forges de Belfort et M. d’Argenson propriétaire du fourneau de Massevaux.

Sur leur appel d’une ordonnance royale, mettant hors de cause les parties, les plaça tous deux sous le régime de la législation actuelle qui régit la matière. La question vidée ainsi et les devenant concessibles, la Compagnie des Forges d’Audincourt mise en place demeure. De M. Viellard et Antonin; songea dès 1842 à reprendre le travail de Roppe et ouvrit avec M. Stehelin et Hubert une correspondance destinée à amener ces messieurs à l’exploitation en commun de la minière de Roppe. Elle spécifia dès le principe, quelle se réservait les deux tiers de l’exploitation se fondant sur ce quelle possédait un fourneau et des forges à Belfort et un fourneau à Chatenois, tandis que M. le Duc de Broglie n’avait que le fourneau de Massevaux.

Les premières ouvertures de la compagnie à M. Stehelin et Hubert date du 15 avril 1842. A cette époque, M. Jeanmaire, directeur de la compagnie, écrit à ces messieurs, pour les sonder sur leurs intentions relatives à la minière de Roppe et leur demander leur coopération en établissant pour les frais d’exploitation, la proposition des 2/3 pour la compagnie et du tiers pour Massevaux. Ces messieurs répondent qu’ils vont en référer au Duc de Broglie et engagent M. Jeanmaire à en écrire à M. Dulphy, homme d’affaires de M. le Duc à Paris, pendant qu’ils agiront de leur côté. Toute ces lettres restent sans réponse. M. Jeanmaire s’adresse alors à M. le Duc de Broglie, même silence de sa part. Nouvelle correspondance échangée entre M. Jeanmaire et Stehelin à la suite de laquelle le 15 septembre 1842. M. Stehelin et Hubert prennent jour avec M. Jeanmaire pour se rencontrer à Belfort et traiter de l’affaire de Roppe.

Le 22 la réunion à lieu, y étaient présents, M.M Edouard Stehelin et Gentot pour eux et M. le Duc de Broglie, M.Jeanmaire et Grosrenaud pour la compagnie. Il y est arrêté par une convention verbale que M.M. Stehelin et Gentot participeront pour le tiers comme fermiers de M. le Duc de Broglie, dans les frais de reprise de la minière de Roppe, et que la compagnie qui a autre les fourneaux de Belfort et de Chatenois, des droits à revendiquer pour le fourneau qui a existé à Bethonvillers et qui faisait partie des forges de Belfort, en supportera les deux tiers, que les produits de l’exploitation seront partagés dans la même proportion, s’il y a lieu et qu’une somme de douze mille francs sera consacrée au revidage des anciens travaux.

Le 9 mai 1843 les travaux de revidage commencent. M.M. Grosrenaud et Gentot surveillent ces travaux de concert. Ces messieurs reconnaissent la nécessité de boiser le grand puits jusqu’au fond, c’est monsieur Gentot qui se charge de cette opération ainsi que de l’achat du bois et planches qu’il dirige depuis Massevaux. Quelques avances de fonds deviennent nécessaire pour ces travaux, c’est encore M. Gentot qui les fait et qui réclame ensuite à la compagnie les deux tiers de ces avances. Toute la correspondance échangée à ce sujet entre M.M Gentot et la compagnie ne fait donc que confirmer l’acceptation par Massevaux de la proportion qui avait été arrêtée dans la réunion du 22 7bre 1842. M. le Duc la accepté de son côté puisqu’il a supporté et payé fRS 2000 à M.M Stehelin, Gentot et CIE sur les fRS 4000 formant le tiers de douze mille francs employés pour la reprise des travaux.

Lorsque ce premier fond fut absorbé, la compagnie toujours confiante dans le succès de ses recherches, propose à ses associés de faire un nouveau fond pour continuer les travaux commencés, elle propose aussi un traité pour consolider l’entreprise afin de ne plus avoir à souffrir des interruptions, des pertes de temps et d’intérêts de capitaux employés. Elle écrit dans ce sens à M.M Stehelin, Gentot et CIE, mais ses lettres restent sans réponse, ou bien on lui dit qu’on en a référé à M. le Duc.

Une entrevue que M. Carl a avec M. Forster chez M. L. Saglio à Belfort ne produit non plus un résultat. Ce que voyant la compagnie pense à s’adresser directement à M. le Duc de Broglie, confiante quelle est dans son esprit élevé et dans son équité Elle charge M. le Comte de Germigny un de ses actionnaires de traiter avec M. le Duc, mais ses démarches quoiqu’instantes et répétées restèrent infructueuses, soit que M. le Duc élude une conférence, soit qu’il laisse les lettres et notes de M. de Germiny sans réponse.

Dans cet état la compagnie convaincue que M. le Duc et ses fermiers de Massevaux ou par crainte d’insuccès, ou par tout autre motif, n’avaient nullement l’intention de prendre part .à une nouvelle mise de fond pour continuer les travaux commencés, déclare à M.M Gentot et CIE quelle les reprendra à son propre et privé compte, à ses risques et périls: elle prend à sa charge et rembourse les outils fournis par eux.

Les travaux se poursuivent ainsi jusqu’en 1845, époque à laquelle la compagnie parvenue presque à la fin des travaux de revidage, adresse au préfet du Haut-Rhin une demande de concession. Le Duc de Broglie rappelé de son silence, forme opposition à cette requête et demande aujourd’hui à partager les frais et les produits de l’exploitation par moitié. Il parait décidé à maintenir cette nouvelle proposition et à laisser l’affaire suivre la voie administrative plutôt que de revenir au chiffre primitif qui devait former la base du traité.

La compagnie de son côté, ne veut point de se départir de ce que à regardé et regarde aujourd’hui comme son droit. Elle ne peut pas croire, connaissant les lumières, la justice et la haute raison du Duc de Broglie, qu’il ai pu entrer dans sa pensée de laisser supporter à la compagnie, les deux tiers des chances de non succès de cette affaire, pour se réserver la possibilité de prendre une part plus grande dans le succès possible de l’entreprise qui,en définitive ne s’est faite qu’à la provocation de la dite compagnie qui espère d’ailleurs de l’impartialité du conseil d’état. Il lui parait impossible qu’ayant deux fourneaux et ayant droit pour un troisième, placé pour ainsi dire sur la minière de Roppe, sa part soit faite égale à celle du Duc de Broglie qui n’en a qu’un plus éloigné de cette minière, et que pendant que ce dernier trouve à s’approvisionner facilement autour de lui, on restreigne l’alimentation de ses fourneaux, que dans l’état actuel on est obligé de compléter par des mines cherchées au loin et jusqu’au port de Gray.

Quant à ce qui concerne la commune de Bessoncourt, le directeur de la compagnie pense que l’indemnité offerte est suffisante et exclut toutes réclamation de sa part.

Tel est le narré des faits que le soussigné a cru devoir porter à la connaissance de M. le Préfet du Haut Rhin pour éclairer sa conscience dans l’appréciation de la demande qui lui a été soumise.

Le directeur de la compagnie des forges d’Audincourt & dépendces.

Signature

PAUL BOULAY

Texte dactylographié par A Casero
Document original des ADTB