Le sac des Bourguignons

Un grand saccage

Les lettres de doléances qui furent envoyées à l’empereur Maximilien de Habsbourg et à la diète de Spire reconstituent la liste complète des crimes et dévastations commis par les Bourguignons au cours de leur incursion dans le Sundgau le 19 août 1474.

Ce sont des profanations, des mises à sac d’églises, des vols d’objets du culte, des viols, des assassinats, des tortures de personnes et d’enfants, des pillages dont celui du couvent de l’Oelenberg…

A Phaffans, ils ont mis leurs chevaux dans l’église, et commis toutes sortes de sacrilèges, profané l’église, versé sur un banc les saintes hosties renfermées dans l’ostensoir et pris deux calices avec leurs patènes.

Dans les villages voisins, à Angeot et Chèvremont , les Bourguignons volent deux calices avec leurs patènes, des livres de messe et de prières et d’autres ornements.

Tant par leur nombre que par leur caractère sacrilège, ces crimes honteux ont attristé le pays entier et laissé des traces indélébiles pendant de longues années.

En relatant ces faits,  ces lettres témoignent de la présence d’une église au 15e siècle dans le village de Phaffans.


Pour comprendre ce qui s’est passé chez nous…

La Guerre de Bourgogne (1474 à 1477) est un conflit qui  se solda par l’effondrement de la puissance bourguignonne.

Les protagonistes en sont : Charles le Téméraire, Sigismond de Habsbourg archiduc d’Autriche, les frères Pierre et Étienne de Hagenbach, issus de la petite noblesse alsacienne  et originaires du village de Hagenbach.

Charles le Téméraire (1433-1477)

Philippe le Hardi (1342-1404), avait reçu les terres de Bourgogne de son père, le roi de France Jean II le Bon qui n’avait pu l’annexer à son royaume. Lui et ses successeurs, Jean sans Peur (1371-1419), son fils Philippe le Bon (1396-1467) ont forgé en un peu plus d’un siècle, l’un des plus puissants états d’Europe. Quant à Charles, fils de  Philippe le Bon, duc de Bourgogne depuis 1467, sa volonté d’unification de ses terres afin de reconstituer la Lotharingie et son désir de recevoir une couronne royale, le conduisirent à sa perte. Son surnom « le Téméraire », est différent dans les Flandres où on le connaît comme Karl de Stoute, autrement dit « Charles le Méchant ».

Les états de Charles le téméraire

Les états de Charles le Téméraire (document Wikipedia)

Sigismond de Habsbourg (1427-1496)

En 1468, il cherchait un moyen pour se défendre d’une éventuelle invasion des Confédérés suisses dont l’ armée était réputée. Il tenta une alliance avec  Louis XI, roi de France qui refusa. Il se tourna alors vers son rival, Charles le Téméraire et conclurent en 1469 le « traité de Saint-Omer »  qui mentionnait l’abandon par les Habsbourg des territoires de la Haute-Alsace  (partie méridionale de l’Alsace, correspondant à peu près au sud du Haut-Rhin actuel, du Sundgau et du Territoire de Belfort) et de la Forêt-Noire, contre une somme d’argent à verser par les Bourguignons. Il stipulait une défense mutuelle en cas de guerre. L’état de Bourgogne devenait, avec ces nouveaux territoires, le voisin direct des Confédérés suisses et un allié capital pour Sigismond.

Pierre de Hagenbach (1423–1474)

Dans ces nouveaux territoires, ce  grand bailli au service du Téméraire, instaura plusieurs mesures commerciales et économiques qui inquiétèrent les villes rhénanes et qui  força Bâle et Strasbourg à solliciter l’aide de Berne, alliée de Mulhouse. Berne accepta cette alliance car elle craignait que l’état bourguignon interdise l’accès aux foires de Genève. La « Ligue Alémanique » se forma entre les quatre villes suivantes : Berne, Bâle, Strasbourg, et Mulhouse.

Sigismond, insatisfait du Téméraire, son allié, se résigna à négocier la paix avec les Suisses, le 30 mars 1474 à Constance. C’est donc le 31 mars 1474 que Strasbourg, Bâle et leurs évêques, ainsi que Colmar et Sélestat signèrent le « traité de Basse-Union ». L’Archiduc signa ce traité de paix quelques jours plus tard, le 4 avril 1474. Les villes lui avancèrent 76 000 florins, afin que celui-ci puisse racheter les villes et les territoires de la Haute-Alsace, hypothéquées au duc de Bourgogne. Sigismond faisait maintenant entièrement partie des alliés des Confédérés. En mars et avril 1474, il prépara,, avec les villes alsaciennes et les Suisses un projet de « Paix perpétuelle » qui sera signé en juin. C’est ainsi que cette ligue qui se mit en place, menée par Lucerne, Bâle, Strasbourg et Berne, préparait la guerre contre Charles le Téméraire.

Cependant, ce fut la politique économique de Pierre de Hagenbach qui mit fin à la domination bourguignonne en Haute-Alsace. Le 11 avril 1474, Pierre de Hagenbach est arrêté et décapité à Vieux Brisach le 9 mai par les alliés rhénans, à la suite de révoltes. En août 1474, Étienne, son frère, pour le venger, va dévaster et ravager notre contrée et entre autres méfaits, profaner l’église de Phaffans.


Les ambitions de Charles le Téméraire furent annihilées par ses échecs successifs au cours de ces quatre batailles :

La bataille d’Héricourt

Avec l’aide de troupes lombardes. la Ligue alémanique riposte en envahissant la Franche-Comté. Le 8 novembre 1474, ses armées attaquent la ville d’Héricourt, sous domination bourguignonne. Les armées bourguignonnes étaient composées de plus de 12 000 soldats. Il fallut deux batailles pour que les Confédérés, aidés par les Autrichiens, puissent battre leur adversaire sans subir trop de pertes. La troupe d’Héricourt préféra se rendre et laisser la ville aux Autrichiens. Au terme de ces événements, les armées de Porrentruy et de Bâle récupérèrent l’Alsace.

Siège de Neuss

(Allemagne en Rhénanie-du-Nord)

Charles le Téméraire l’assiège sans succès pendant un an. Il doit lever le siège le 27 juin 1475 devant l’arrivée de l’armée impériale et pour faire face aux Français en Picardie. Cet échec marque le début de la chute des aspirations bourguignonnes.

Bataille de Grandson

(Suisse)

Au début de 1476, le duc de Bourgogne attaque Fribourg et Berne et met le siège devant Grandson. Il doit rapidement faire face à toutes les troupes helvétiques et à celles de leurs alliés.  Il est battu à deux reprises à Grandson le 2 mars 1476, puis à Morat le 22 juin. Le 16 août suivant, les Suisses négocient la rétrocession du pays de Vaud contre la neutralité de la Savoie.

Bataille de Nancy

Ensuite, Charles le Téméraire se tourne contre le duché de Lorraine, qui sépare en deux ses états. La Lorraine vient de se révolter et a prêté main forte aux Suisses. Charles est battu et tué à la bataille de Nancy le 5 janvier 1477 par les troupes lorraines, alsaciennes et suisses.