1870 – le bombardement

Le 24 décembre 1870, l’artillerie des assiégés de la forteresse de Belfort bombarde et incendie le village dont le clocher était devenu un point d’observation stratégique pour les Prussiens.

Dans leur livre paru en 1874, « LA DÉFENSE DE BELFORT », écrit sous le contrôle du colonel Denfert-Rochereau, Édouard Thiers, capitaine du Génie et le capitaine d’artillerie Sosthène de Fornel de La Laurencie décrivent  la situation de l’attaque et de la défense. En voici l’extrait in extenso.

Nous étions, à la date du 24 décembre, investis depuis cinquante-deux jours, bombardés sans trêve avec une vigueur excessive depuis vingt-deux jours, et pendant tout ce temps nous avions tiré sur l’ennemi en usant de nos pièces pour les longues portées. Nous le tenions ainsi éloigné, contrairement aux principes erronés en matière d’artillerie, qui ont contribué pour beaucoup à la chute rapide des autres places, où l’on a généralement conservé les projectiles pour le moment où l’ennemi, rapproché, pouvait par la supériorité de ses feux empêcher de les tirer. Ce système et notre action extérieure continuelle avaient obligé les attaques à une lenteur des plus visibles.

Le 24 décembre, la Justice incendiant Pfaffans (sic), à quatre mille six cents mètres de distance, en avait provoqué l’abandon par les Prussiens, qui se retirèrent plus loin en n’y laissant que des postes.

Condamné à occuper une ligne d’investissement si étendue, l’ennemi avait besoin d’un grand effectif pour donner plus de développement à ses batteries. S’il s’en tenait aux vingt-huit bouches à feu d’Essert, malgré leur impuissance qu’il devait visiblement sentir, c’est que probablement, il n’était pas encore assez nombreux. Notre allure ne laissait en effet aucun doute sur l’absence totale d’intimidation produite sur nous par le feu violent qu’il trouvait moyen de faire avec ses vingt-huit canons.

L’insuffisance de ses moyens se montrait encore par les bombes qu’il s’obstinait à jeter dans le fort des Barres, malgré le peu d’efficacité de pareils projectiles sur un fort possédant des remparts d’un aussi grand relief.

Seule, de notre côté,l’artillerie de Bellevue commençait à faiblir. Les artilleurs mobiles de la Haute-Garonne, qui servaient les canons de cet ouvrage, étaient fatigués par un long séjour dans cette position exceptionnellement pénible. Fort peu expérimentés du reste, ils étaient commandés par un officier artilleur d’hier, peut-être un peu mou.

Heureusement, sur la demande du commandant de la redoute, ces hommes furent envoyés aux faubourgs où ils purent se reposer, et remplacés à Bellevue par des détachements d’artillerie de ligne venant de la Miotte et de la Justice, jusqu’alors tranquilles. L’ouvrage reprit dès lors ses feux avec toute leur activité, et même avec plus d’activité que jamais.

Tous ces faits rendaient bien regrettable le peu d’homogénéité des troupes de la garnison, a peine rassemblées et formées au moment du siège, et parmi lesquelles l’excellent bataillon du 84ème constituait seul une véritable et bonne troupe d’infanterie. Après lui, il ne restait de passable que les mobiles du Rhône, pleins de bonne volonté et de patriotisme. On aurait pu espérer sans cela, et si on n’avait pas enlevé à la place avant l’investissement toute artillerie de campagne, non seulement faire une défense active et offensive, forçant l’ennemi à grossir incessamment son effectif déjà deux ou trois fois supérieur au nôtre, mais encore l’obliger à lever le siège, et débloquer la place sans aucun secours de l’extérieur.

Cependant cette méthode de lutte à grande distance avait pour limite l’épuisement de nos projectiles pour pièces rayées. On conservait bien, pour le moment où ils manqueraient, la possibilité d’un tir rapproché avec les pièces lisses ; mais il fallait cependant les faire durer le plus longtemps possible, pour continuer à empêcher l’ennemi de se rapprocher brusquement, et pour protéger encore notre occupation des villages, restée complète jusqu’alors.

L’approvisionnement de nos projectiles de 12 et de 24 rayés avait diminué presque de moitié. Il ne nous restait que vingt et un mille obus de 12, et seize mille cinq cents de 24. Force fut donc de diminuer un peu l’intensité de notre tir, surtout en obus de 12 qui s’épuisaient plus vite que ceux de 24, tout en lui conservant encore une assez grande vivacité.

Nous commencions aussi à manquer de foin pour nos bœufs, qui servaient non-seulement à notre nourriture, mais aussi à nos transports.

On réquisitionna le foin dans les villages occupés par nous, et même à Offemont, situé entre nos ligues et celles de l’ennemi; mais, malgré cette ressource, on dut augmenter un peu là consommation de la viande fraîche, en conservant les viandes salées, afin d’éviter de laisser périr nombre de bêtes par maladie.

Carte du siège

extraite du même livre.

Phaffans se trouve encore à la distance de tir précis des canons rayés, installés au fort de la Justice, dans la configuration du tir sans voir, méthode du capitaine De la Laurencie.

Les zones de tir précis

Dommages déclarés par la municipalité de Phaffans

Leur inventaire devait être remis au Président du Comice Agricole avant le 15 avril 1871, ce qui fut fait le 13 avril.  Deux états furent établis et signés par le Conseil Municipal,  l’un pour les dommages de la paroisse, l’autre pour ceux de la commune.

Pour la paroisse, les dégâts et réparations portés sont :

Pour la flèche de l’église :

  • La charpente et ardoises brisés
  • Un escalier brisé
  • Le plafond

Pour la « grangerie » curiale :

  • Des tuiles
  • Destruction de planches boiserie et muraille
  • Six poutres enlevées
  • Le four renversé
  • Demande de rachat de 9 fourneaux (!) enlevés par les Prussiens.

Le total est estimé à 3022 F fut approuvé pour paiement.

Dommages pour la commune :

Pour le bâtiment de la mairie :

  • Charpente, tuiles et plafond
  • Armoire à archives
  • Un escalier.
  • Une fenêtre et 20 carreaux.
  • Le recueils d’État Civil pris par les Prussiens.
  • Trois registres par année et 30 volumes.
  • Pièces diverses, minutes, adjudications enfin tous les papiers de mairie..
  • Une feuille déchirée du plan cadastral.
  • Plans des propriétés communales.
  • Palissades cassées et brûlées.
  • Dégâts faits par les Prussiens dans les forêts.
  • Terrains communaux abimés par l’artillerie
  • Bois destiné aux écoles enlevé par les Prussiens.
  • Fourneau en faïence avec les tuyaux.
  • Horloge enlevée par les Prussiens.
  • Potager
  • Bancs et tables des écoliers.
  • Deux volets.
  • Carte de géographie sur toile.
  • Tableau de lecture.
  • Chéneaux autour de la mairie.

L’estimation par le conseil s’élève à 5351 F auxquels seront ajoutés, par l’Etat,  diverses compensations pour des fournitures de guerre. La commune touchera une somme de 7328 F.

La solidarité s’organise dès la capitulation

Le 20 janvier 1872, la Société de Secours aux Paysans Français Ruinés par la Guerre, fondée le lendemain de la capitulation, publie son premier compte rendu de sa distribution d’aides obtenues soit par des souscription, soit par des dons reçus en argent ou en nature.

Elle a distribué, dans toutes les parties du pays touchées par les destructions de guerre, vêtements, linge, literie, instruments aratoires, meubles, bons de pain, outils, argent pour être converti en bétail et reconstruction de maisons et des semences diverses : blé, avoine, pommes de terre, orge..

En ce qui nous concerne, l’arrondissement de Belfort (Haut-Rhin), partie française du Haut-Rhin, voici ce qu’il a touché, sans que nous connaissions le mode de répartition aux nécessiteux :

Sur la demande de M. Keller, il a été adressé à Monsieur l’Administrateur de la partie française du Haut-Rhin, pour être distribués dans les communes suivantes de l’arrondissement de Belfort :

Cunelières, Danjoutin, Andelnans, Anjoutey, Argiesans, Auxelles-Haut, Bavilliers, Bretagne, Bermont, Bessoncourt, Botans, Charmois, Denney, Dorans, Eloie, Essert, Etueffont-Haut, Fontenelle, Foussemagne, Grandvillars, Grosmagny, Joncherey, Lamadeleine, Larivière, Lepuix, Montreux-Château, Moval, Novillars, Offemont, Petit-Magny, Perouse, Rougemont, Romagny, Roppe, Salbert, Sevenans, Suarce, Thiancourt, Urcerey, Valdoie, Vetrigne, Vezelois, à l’hôpital de Belfort, aux Sœurs institutrices, aux Sœurs des Pauvres de Niederbronn :

  • 200 couvertures, 200 pantalons, 1300 chemises hommes, femmes et enfants, 1200 mètres, toile pour draps, 30 jupons, 30 costumes femmes, 200 ceintures, 100 paires souliers, 900 paires bas et chaussettes, 100 bonnets de coton : 6 387 fr

De plus, le 1er mai, une somme de 3643 francs, a été envoyée à Monsieur l’Administrateur de la partie française du Haut-Rhin : 3643 fr

Cette somme a été distribuée et donnée pour l’achat de bestiaux et d’instruments aratoires, dans les villages suivants :

Anjoutey, Auxelles-Haut, Bavilliers, Danjoutin, Denney, Essert, Etueffont-Haut, Moval, Offemont, Petit-Magny, Phaffans, Rougemont, Perouse, Romagny, Salbert.

En plus 5 faucheuses : 2780 fr
Soit un total de 12 780 fr pour l’arrondissement de Belfort