Une découverte

Une intéressante découverte : reproduction in extenso  de l’article de M. l’abbé Lamboley dans le bulletin paroissial de novembre 1935, pages 2 et 3 . Document transmis par Alain.

Une trouvaille du plus haut intérêt vient d’être faite au cours des travaux de réparations, dans une partie de la cuisine du presbytère.

Il fallait déplacer et remettre de niveau une plaque de fer qu’un ouvrier de troisième ordre avait fichu là comme il avait pu, pour servir de base pour le fourneau ou le foyer de la cheminée.

On l’aurait cru vissée au sol, tellement son poids, estimé à environ 150 kilos, opposait de résistance à l’effort. Quelle ne fut pas notre surprise lorsque le dessous nous révéla une inscription ancienne très bien conservée et de magnifiques armoiries! Voici l’inscription, dans un beau relief de près d’un centimètre de hauteur:

NICOLAUS DELEFILS

ABBAS LUCELLENCIS

17          28

Au milieu du chiffre «1728» se trouvent les armoiries des abbés de Lucelle, soit une mitre, deux crosses surmontant un dragon et le tout entre quatre fleurs de lys, symbole de la royauté de Louis XV.

Plaque de cheminée visible sur le mur de la grange curiale – 1728

Rappelons qu’en 1728, la paroisse de Phaffans était rattachée pour le spirituel au diocèse de Bâle et était administrée par l’abbaye de Lucelle près de Bâle. Les curés de Phaffans étaient donc nommés par le prieur de cette abbaye ou même étaient des moines de ce monastère comme l’abbé Delefils. Nous trouvons la signature de ce moine qui fut notre curé dans tous les registres paroissiaux de cette époque. Ce fut certainement lui qui fit fondre cette plaque à Bâle ou dans les environs pour en faire soit une plaque d’ornementation de cheminée soit une pièce de grand poêle pour la cure de Phaffans.

L’autre jour, une innocente bête, une oie s’amusait à arracher de son large bec les boutons et les fleurs rouges des jolis bégonias que notre gouvernante conserve jalousement. Elle ne cessa son grabuge que sous les véhémentes imprécations que sa patronne courroucée lui lança en patois de son pays!

La bête croyait peut-être rendre service aux tiges vertes!

Eh bien, le travail de l’ouvrier qui, en manipulant la plaque, avait livré ce beau souvenir à l’oubli, et l’avait exposé à la destruction, ne dépassait guère en finesse la besogne de notre oie. Il avait fait du vandalisme sans le savoir. Pour lui, c’était peu de chose que les vénérables vestiges de notre histoire ancienne.

Cette plaque sera remise en évidence. Elle constitue un souvenir aussi digne d’intérêt, sinon davantage, que l’inscription en pierre scellée contre la vieille cure et qui rappelle l’incendie du presbytère et de 225 maisons de la Baroche en 1815, par les Kaiserlicks. D’ailleurs, elle-même fut rougie dans ce même incendie, c’est pour cela quelle est tordue, elle a certainement été fondue plus à droite à l’origine.

Je reviendrai plus tard sur ces vieux souvenirs, quand l’an prochain j’aurai visité les ruines de l’abbaye de Lucelle et recherché dans les archives des alentours les principaux documents qui peuvent nous intéresser.