Notes sur les moulins

Carte de Cassini de la vallée de la Madeleine

Les moulins de la Madeleine vers 1760
Les moulins de la Madeleine vers 1760

Sur cette carte éditée vers 1760, les moulins Thuriot, Notre-Dame et des Bois sont mentionnés, celui de Lacollonge ne l’est pas.

La longueur des biefs directs entre la prise d’eau de Bethonvilliers et leur retour dans la rivière au Moulin des Bois et de 3,5km, avec un dénivelé de 20m. La pente moyenne du bief est donc faible : 6mm/m. Ces moulins devaient tous utiliser des roues par dessous ou éventuellement des roues de poitrine. Voyez ci-dessous.


Petite histoire des moulins à farine

Le moulin de Bethonvilliers est toujours en activité. Il est géré par la famille Thuriot depuis de nombreuses générations. Anciennes meules et sac de farine d'aujourd'hui (cliquez sur l'image).

Pendant les IXe et Xe siècle, de petits moulins rustiques sont construits en Europe par des communautés de paysans, chacun ayant droit à un certain nombre de jours et de nuits de mouture. A partir du XIe siècle, les seigneurs se mettent à édifier des moulins mieux construits, à meilleur rendement, c’est « la révolution technologique médiévale ». Leur objectif est d’en tirer un grand bénéfice en obligeant les paysans à moudre dans leurs moulins et ainsi en percevoir des redevances. Le maître du moulin domine terres et hommes, ordonne le début et la fin des grands travaux,  il est le maître du « temps paysan« . Ainsi, il contrôle la transformation du grain en farine, puisque la récolte est produite sur ses terres par le travail de ses hommes. Les blés récoltés sur le fief ne sont pas moulus ailleurs par un autre moulin, mais exclusivement par celui du fief. Ce principe de « banalité » donne au seigneur le monopole et met en place une partie de l’organisation de la féodalité. Le seigneur, maître du « ban » construit les moulins, c’est lui qui en assure la totalité des frais de construction et d’entretien. Le moulin devient une machine de première utilité, il joue un rôle économique et social primordial. L’aire du moulin est « la banlieue » (distance d’une lieue autour du moulin) les gens en quête de mouture sont les « baniers« . Le meunier joue un rôle incontournable, il détient la clé de vie, car la « banalité » interdit tout recours à de petits moulins domestiques mus à la main ou par des animaux. C’est encore la « banalité » qui fixe, dès le XIe siècle, le prix de la mouture au seizième de la quantité de grain portée à moudre.

Au  début du XIVe siècle, certains seigneurs n’exploitent plus eux mêmes le moulin qui sera « affermé » et administré par les représentants de la communauté. Dans ce cas, le seigneur touche un « cens » annuel en espèces ou en nature entre le quart et la moitié de la production annuelle. La communauté participe alors aux réparations du bâtiment et aux travaux d’entretien du moulin, de la digue et du bief. Le moulin devient communautaire.

A la Révolution, les « Cahiers de doléances » condamnent de la « banalité » qui est particulièrement insupportable au peuple. La nuit du 4 août 1789 met fin aux privilèges, la faisant ainsi disparaître. Les particuliers de plus en plus nombreux érigent de nouveaux moulins et réclament des droits sur l’eau. Les moulins deviennent des propriétés privées administrées par une ou plusieurs familles ou par des communautés dont les représentants sont nommés les « syndics ».

Le XIXe siècle verra une expansion exceptionnelle des moulins. En 1809, Napoléon commande un recensement de ceux qui sont en activité : 82300 moulins à eau dont 33756 à roue horizontale et 48544 à roue verticale. Les moulins à vent étaient au nombre de 15857. Il y avait donc en France à cette époque 98157 moulins, soit un moulin pour 395 habitants.

Puis, ce sera leur déclin  avec l’arrivée des moulins à vapeur. Les minoteries sont des usines de meilleur rendement grâce aux cylindres, aux nouvelles énergies et aux nouveaux blutoirs. Ils ne sont plus sensibles aux conditions météorologiques. Minotiers et boulangers ne s’adressent plus à la meunerie traditionnelle qui disparaît régulièrement et inexorablement.


Les trois formes de roues verticales

L’enquête de 1809, révèle une séparation très nette entre le Nord et le Sud de la France. A quelques exceptions près, les moulins des pays de langue d’oc sont pourvus en majorité de roues horizontales, alors que les autres ont des roues verticales. Bien que les roues horizontales préfigurent la turbine, elles ne seront pas évoquées ici.

Roue par dessous

L’eau arrive par dessous la roue. C’est la vitesse et la pression de l’eau qui la font tourner. C’est le type de roue verticale le plus ancien. Son rendement n’excède pas 0,35.

Roue par dessus

L’eau vient remplir des augets situés sur le pourtour de la roue. La roue déséquilibrée, se met à tourner pour vider les bacs remplis d’eau. C’est donc le poids de l’eau qui la fait tourner. Son rendement atteint 0,75

Roue de poitrine ou de milieu

Le principe est voisin de celui de la roue par dessus, bien que dans ce cas, la roue tournera dans un sens opposé. Cette roue est généralement installée quand la chute d’eau est trop faible pour une roue par dessus.