Le fer au XVIIIe siècle

L’exploitation du fer jusqu’à la Révolution

A cette époque, l’industrie sidérurgique en France est localisée dans deux grandes régions, le Centre et l’Est. Dans cette dernière région, celle qui nous intéresse, elle se répartit en trois zones : les plateaux de Champagne et de Bourgogne, la lisière des Vosges et la Franche-Comté. Ces deux régions produisent 90% de la fonte et 85% du fer français, mais la région de l’Est intervient pour 70% des besoins. Beaucoup d’établissements sidérurgiques de l’Est se sont seulement développés à partir du 17e siècle. Dans le Centre (Nivernais, Berry, Limousin et Périgord), bien que cette industrie soit beaucoup plus ancienne, elle est alors en pleine décadence.

Répartition du travail du fer

Les mines de fer avant 1789 dans le quart nord-est de la France

Il fallait du minerai, du bois et de l’eau. Avec les moyens de transport peu efficaces et coûteux, le bois et le fer devaient être pratiquement à proximité. Les usines recherchaient la proximité des forêts et se répartissaient donc le long des rivières qui faisaient mouvoir les patouillets, les bocards (marteaux de broyage du minerai) et les soufflets des « fourneaux ».

Le minerai
Les gisement abondants sont rares, exceptionnellement exploités en filons comme dans les Alpes. La plupart des gîtes sont superficiels ou proches de la surface. A Roppe  les mineurs descendent à 70m de profondeur, ce qui rend l’extraction très chère. Ils se sont constitués dans des poches ou en couches dans les terrains du Jurassique (-199 à -145 Ma) et du Crétacé (-145 à -65 Ma). Souvent l’extraction se fait à ciel ouvert.

Le bois
La métallurgie du fer utilise alors exclusivement le charbon de bois. La surconsommation de ce combustible menace les forêts donc l’arrêt de l’industrie du fer. L’ordonnance de 1723 qui avait même interdit de créer de nouveaux fourneaux restera lettre morte tant ce métal était devenu primordial à l’activité humaine. A Bitschwiller, en Alsace « le fourneau ne roule que six mois par an faute de charbon [de bois] ». A Achey, en Haute-Saône, une usine chôme depuis plus de cinq ans « par rapport à la pénurie de bois ». A Jougne dans le Doubs, les ouvriers du fer demandent la suppression du fourneau « à cause de l’extrême cherté du bois ». En outre , les villes en grossissant provoquent une forte demande en bois de chauffage. Pour cet usage, dans les pays où il existe de la houille, on recommande « le charbon de terre » pour le chauffage. On ne sait pas encore utiliser la houille en la grillant en coke pour lui enlever le soufre.

L’eau
La fabrication est irrégulière car elle dépend étroitement du régime des rivières pour mouvoir les soufflets de fourneaux et les mécanismes de lavage et de broyage du minerai. Sécheresse, inondations, gel affectent gravement cette industrie. Il arrive que l’on se réjouisse quand le chômage ne dépasse pas trois mois dans l’année !

La transformation du fer
Les manufactures de produits ouvrés s’implantent à courte distance des lieux de production du fer, l’état des routes ne permettent pas le transport lointain  du fer et de la fonte. Dans chaque région sidérurgique on trouve plusieurs activité de transformation. En Franche-Comté nombreuses sont les forges à martinets, les taillanderies, les clouteries, les tréfileries et les ateliers d’horlogerie.
Toute la main d’œuvre provient des villages voisins. Un petit nombre d’ouvriers travaillent au fourneau mais un grand nombre doivent produire le charbon de bois, extraire le minerai, assurer les transports. en voitures à chevaux. Quelques chiffres évocateurs de Côte d’Or : à Fontaine-Française, sur 8 fondeurs il y a 22 mineurs et 30 charbonniers ; à Crancey sur une centaine d’ouvriers, 8 sont à l’intérieur. Un autre exemple, en 1785 en Alsace, dans les forges du baron de Dietrich, sur 918 employés on ne compte que 148 ouvriers de métier, tout le reste se compose de paysans :  »  les forges emploient les laboureurs, leurs enfants, leurs domestiques et leurs bestiaux à couper du bois, tirer et voiturer les mines, charbons et fer pendant l’hiver et dans les temps où ils ne sont pas occupés à leurs travaux particuliers. Ils y tiennent une plus grande quantité de chevaux ; leurs terres sont mieux cultivées, mieux engraissées ».

A la veille de la Révolution, l’industrie du fer utilise encore des procédés anciens, elle est dispersée dans les campagnes, associée au travail agricole. C’est la fondation de l’usine du Creusot (1781-85) qui va annoncer la révolution industrielle par l’utilisation de la houille transformée en coke, par l’énergie de la machine à vapeur, les « machines à feu », par le minerai de fer transporté sur le canal du Charolais (1793). Le chemin de fer sur rails de fonte utilisé pour la mine de charbon est annonciateur d’une autre grande étape…
Malgré ces progrès géants, ces nouveautés mettront longtemps à s’imposer au cours du XIXe siècle.

Voici un exemple d’exploitation très ancienne du minerai de fer à Voillans (25), village proche de Baume-les-Dames…et de  Phaffans Les articles  sont très  documentés et  agrémentés de belles photos. Vous y trouverez  le récit de découvertes récentes suite à des travaux.  Cliquez sur le bandeau du site :


Les mines de Roppe et d’Éguenigue

Voici ma présentation complète faite au château Lesman de Roppe le 27 septembre 2014

no images were found

(Le diaporama est réglé pour un défilement automatique toutes les 30s. Cliquez sur l’image pour avancer à volonté)


Le baron de Dietrich cite Phaffans dans la liste des mines de fer qu’il visita en « Haute et Basse Alsace » à la fin du 18ème siècle. On ne trouve pas d’anciens sites d’exploitations sur le territoire de la commune. Il évoquait alors la paroisse de Phaffans, dont le périmètre comprenait les mines les plus riches de Roppe et d’Éguenigue. D’autres minières furent exploitées comme celles de Bessoncourt et de Vétrigne au lieu dit « Les Mines ». On sait qu’un mineur de fer, Conrad Barre habitait notre village vers 1761.

L’extraction du fer a véritablement pris son essor en 1688 lorsque les Mazarin rachetèrent le droit de « tirer la mine » aux seigneurs de Roppe.

Le minerai se présente essentiellement sous forme pisolithique, ressemblant en forme et en couleur à des grains de café. Formé à l’oligocène, il est contenu dans des dépôts de remplissage des poches karstiques du calcaire du Jurassique supérieur.

Minerai de fer pisolithique de Roppe

Échantillon de minerai de Roppe

On le trouve aussi sous forme de nodules informes allant jusqu’à la taille du poing, c’est la « mine de champs« . A Phaffans « Sur Haguenau » on trouve à 50 cm de profondeur des concrétions d’oxyde de fer dans la couche d’argile dure sous-jacente à la terre arable.
En extraction profonde, jusqu’ 75m, son exploitation était difficile car les mineurs devaient travailler dans des puits étroits, souvent inondés. Le 5 avril 1728 huit mineurs périrent noyés à Éguenigue.

Pour sa transformation le minerai était livré aux « fourneaux » de Belfort, de Bethonvilliers et de Masevaux. A Belfort un quartier s’appelle encore « Le Fourneau »,  à Bethonvilliers on trouve sur le cadastre le lieu dit « Derrière le Fourneau »


Description des mines de la Baroche par le baron de Dietrich, dans une reproductions de pages de son livre .

Page 45

Page 46

Page 47

Haut de la page 48

Le reste du chapitre est consacré aux conflits entre propriétaires et seigneurs survenus au cours de l’exploitation de ces minières.

Le baron Philippe-Frédéric de Dietrich, est né le 14 novembre 1748 à Strasbourg. Membre du Sénat, secrétaire-interprète du Mérite Militaire, secrétaire général des Suisses et Grisons, inspecteur des mines, forges et usines de France, de Corse et d’ARouget-de-l'Islengleterre. Membre de l’académie des Sciences (1786), maire de Strasbourg de 1790 à 1792.
Il refusa de voter la mort du Roi et devait être une des victimes du régime de la Terreur. Il fut guillotiné à Paris en 1793 à la suite d’un procès inique car il avait été acquitté en première instance. Quand qu’il occupa les responsabilités de commissaire du roi à la visite des usines, des bouches à feu et des forêts du royaume, il publia son très intéressant ouvrage, encore utile à consulter aujourd’hui : Description des gîtes de minerai… en 3 volumes. Le premier tome de 1786, est consacré aux Pyrénées, le deuxième de 1789 est relatif à la Haute et Basse-Alsace, et le troisième, publié seulement en 1799, mais écrit dès 1788, concerne la Lorraine méridionale.

C’est dans son salon que le jurassien Rouget de Lisle créa le Chant de l’Armée du Rhin qui devint la Marseillaise, chantée pour la première fois le 25 avril 1792. Philippe-Frédéric de Dietrich l’aurait accompagné lui-même au piano, car il était fort bon musicien.