La vie de nos cloches

En septembre 2009, mon article a été publié dans un ouvrage dirigé par l’abbé Baertschi « L’église de la Baroche». Il s’enrichit au fil du temps.

  • Pour les écouter :

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Le 15 août 1749, jour de l’Assomption, Joseph Guillaume Rink de Baldenstein, évêque de Bâle, consacre l’église reconstruite. Le même jour a lieu le baptême de ses trois cloches fondues en 1729 dans l’atelier de Seurot et de Cointzmann, fondeurs à Phaffans, en utilisant en partie le métal d’une plus ancienne cloche datant de 1607. Elles se nomment Hélène, Catherine et Anne.

En 1929, la Revue d’Alsace donne des renseignements différents pour deux d’entre elles à propos de leur parrainage, mais nous rapporte, par l’inscription relevée sur la plus grosse avant sa fonte, qu’elle a pour parrain Nicolas Delfils, abbé de Lucelle et pour marraine l’épouse de Noblat, prévôt de Masevaux et bailli de Roppe :

Cette inscription fut relevée avant la refonte de la grosse cloche :

IAY POVR PARREINS ET MARRAINES MGR NICOLAS DELEFIS ABBE DE LVCEL MULBRUN VICAIRE GENERAL DE LORDRE DE CISTEAVX EN ALESACE SVISSE ET BRISGAY SEIGNEVR DE LVTERBACH COLLATEVR DE CETTE EGLISE DE PHAFAN AVEC MADAME MARIE CATHERINE MINCH EPOVSE DE MR IAN PIERRE NOBLAT COSEIGNEVR DESSERT PERVOT DES VILLES ET BALLIAGE DE MOISVAVX ET BAILLIF DE ROPPE ET MR FRANCOIS NOBLAT COSEIGNEVR DESSERT ET DE BAVILLIER BAILLIF DV COMTE DE BELFORT PREVOST DE LADT VILLE ET SVBDELEGVE EN HAVTE ALSACE AVEC MADAME FRANCOISE MAGDELEINE DE ROPPACH NEE ZINT DE KENTZINGEN EPOVSE DE MR FRANCOIS LEOPOLD DE ROPPACH SEIGNEVR DVDIT LIEV DE LA PAROISSE DE PHAFFANS ET DE ROZEMONT IAY ETE FAITE AVEC MES DEVX COMPAGNES EN 1729 DANS LE TEMS QVE MR BEAT ALBERT IGNACE DELEFIS
ETAIT CVRE ET RECTEVR ICY A PFAFFANS

PERSEQVAR INIMICOS
VESTROS COFRINGAM
ILLOS NEC POSTERVNT
STARE CADENT SVBTVS
PEDES MEOS PASVROT
NOVS A FAITE 1729

D’après un article de Paul Friez  :
« Une inscription campanaire à Phaffans »
Revue d’Alsace, Tome LXXVI 1929, pages 140 et 141.

Le 12 octobre 1793, deux cloches sont envoyées à la fonderie. En effet, sous la Convention, le décret du 23 juillet 1793 est une mesure de réquisition pour l’effort de guerre et pour frapper monnaie. Il ordonne l’enlèvement et la fonte des cloches des églises. Cette décision fut péniblement ressentie : les cloches étaient indispensables pour appeler à la prière, annoncer les messes, avertir des dangers, indiquer l’heure, en un mot elles réglaient la vie des paysans. Ce décret précise que « chaque commune a la faculté de conserver une cloche pour servir de timbre à son horloge » : c’est la cloche civique. La plus grosse cloche, celle de 1960 livres, est donc restée seule dans notre clocher.

« En exécution des décrets de la convention nationale des 23 juillet et 3 août dernier qui portent qu’il ne sera laissé qu’une cloche dans chaque paroisse et que les autres seront employées à la fabrication des canons nécessaires à la défense de la république, la paroisse à fourni pour cette guerre les deux cloches, savoir celle dédiée à Sainte Catherine, d’un poids de 14 quintaux et celle dédiée à Sainte Anne de neuf quintaux qui ont été descendues de notre clocher de Phaffans et envoyées à la fonderie de Strasbourg ce 12 octobre 1793, vingt et unième jour du premier mois de l’an second de la République Française. »(Extrait du registre paroissial)

Après la signature du Concordat le 8 avril 1802, des tractations commencèrent pour réinstaller les cloches victimes de la razzia révolutionnaire. La reconstitution du patrimoine campanaire se fit lentement. Pour remplacer nos cloches disparues, deux nouvelles, une petite et une moyenne, sont fondues à Thann par Nicolas Bender en 1825 et 1826 puis remontées dans le clocher.

La marque de fondeur de nos cloches

Le fondeur de nos cloches actuelles

Plus près de nous, ces trois cloches sont descendues du clocher pour être refondues, une quatrième est ajoutée. Elles sont bénies par le cardinal Binet le 3 novembre 1928 : Jeanne-Cécile 1964 kg, Marie-Victoire 1360 kg, Marie-Thérèse 1012 kg, Odile-Marguerite 564kg.

Frontispice du fondeur Robert

Nos cloches sont donc équipées d’un dispositif, dit « à boucle mobile », qui permet de changer trois fois la direction de la frappe du battant.


Nos cloches

La plus lourde sonne en Ré bémol. C’est elle qui tinte les heures.

Jeanne Cécile 1964kg

Le nom de celle-ci rappelle la fin du conflit 1914-18. Elle sonne en Mi bémol.

Marie Victoire 1360kg

Une autre de taille moyenne sonne en Fa.

Cloche Marie Thérèse

La plus petite est accordée en La bémol

Cloche Odile Marguerite