Les coqs du clocher

Un vieux coq

Le coq démonté est exposé dans l’auberge du village, chez Madeleine. Un repas avait sans doute été organisé en l’honneur de son remplacement.

Le "vieux" coq


Le coq de 1964

Un coq neuf sur la flèche du clocher en 1964

Cette année là, la réfection totale de la flèche du clocher dura cinq mois tant le travail fut important. L’entreprise Charles Cabasset, de Luxeuil, en fut chargée et la mena rondement avec une équipe de six ouvriers.

Un dimanche, la dernière tâche fut d’installer le nouveau coq en zinc doré, béni à la grand-messe par l’abbé Joseph Muller.

Beaucoup d’habitants étaient présents au pied du clocher à l’occasion de ce très rare événement. Les édiles des six villages de la Baroche avaient rédigé un « parchemin » sur lequel on pouvait lire :

« En l’an 1964, les conseillers municipaux des diverses communes de la paroisse de Phaffans ont, suivant les règles de proportionnalité en usage dans le groupement paroissial, réalisé la réfection totale de la flèche de l’église paroissiale. À cette date, la paroisse avait à sa tête M. l’abbé Joseph Muller, curé desservant »

Les maires en exercice ayant œuvré à cette réalisation sont ensuite cités, ainsi que la composition du conseil inter-communal groupant 28 membres des conseils municipaux. Enfin figure la liste des membre du conseil paroissial :

« Joseph Girot président de Denney ; Joseph Henckel des Errues ; François Jacquot d’Eguenigue ; Marcel Monnier de Phaffans ; Marcel Belliard de Roppe ; Marcel Perrez de Roppe ; Edouard Beuret de Lacollonge.

Le suivi des travaux fut assuré par M. Fermaux, ingénieur des Ponts et Chaussées du Territoire de Belfort ».

À l’issue de la messe, quatre personnes insensibles au vertige, entreprirent l’ascension du clocher. Il s ‘agissait de messieurs Cabasset père et fils portant le coq, les maires Célestin Juif et Joseph Petitjean en charge de clouer le tube de cuivre contenant le « parchemin » en haut de la flèche pour immortaliser l’événement.

Cette opération périlleuse fut suivie avec émotion par les habitants des villages et les maires de la Baroche, tous présents, entourés de leurs conseillers. On peut citer :

Messieurs Albert Seigeot, maire de Roppe ; Pierre Courbot maire de Denney ; Joseph Petitjean maire de Concourt ; Jules Michoux maire d’Eguenigue ; Michel Guitard maire de Lacollonge et Célestin Juif, maire de Phaffans et conseiller général du Territoire de Belfort.

Sur la photo : tout en haut tenant le nouveau coq : messieurs Cabasset père et fils dominant Célestin Juif et Joseph Petitjean fixant le tube du parchemin.

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Avant l'ascension... M. Michel Cabasset tient le coq. A sa gauche, Célestin Juif, maire de Phaffans, montre le tube de cuivre contenant le "parchemin".

Quelques personnes de la photo, en commençant par la gauche :

  • Eugène Antoine (Roppe)
  • le 4ème (rangs confondus) , Marcel Belliard (Roppe)
  • le 5ème (devant, en costume foncé) , Joseph Petitjean, maire de Menoncourt
  • à droite du coq et du fils Cabasset, Célestin Juif
  • juste derrière lui, dans le creux, Jules Michoux, maire d’Eguenigue
  • le dernier à droite est Pierre Courbot, maire de Denney

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Travaux de 1987

Les travaux sur la flèche de 1987

Quelques personnes de la photo, en commençant par la gauche :

  • Monsieur Voynet, maire de Denney (et papa de Dominique Voynet)
  • Yves Barthez, maire d’Eguenigue
  • Célestin Juif
  • Derrière, entre les deux derniers cités, avec des lunettes de soleil, Denis Richard  de Denney.
  • À côté de lui, à l’arrière, André Dupont , maire de Menoncourt

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Histoire et symbolique

Histoire et symbolique religieuse des coqs de clocher

Le coq figure au sommet de très nombreux clochers en raison du coq des Évangiles et non en raison d’un symbole national (en latin gallus signifie à la fois coq et gaulois ! ). Il surmonte aussi bon nombre de monuments aux morts érigés après la Première Guerre mondiale. Au sommet des clocher, sa signification nous est donnée dans le  Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle – tome 4 , d’ Eugène-Emmanuel Viollet-Le-Duc.(Inspecteur général des édifices diocésains, né en 1814 et mort en 1879)

Extrait :

Guillaume Durand (1), dans son Rational des Divins Offices, s’exprime ainsi à propos du coq qui surmonte le point culminant de l’église en Occident :

«Le coq, placé sur l’église, est l’image des prédicateurs, car le coq veille dans la nuit sombre, marque les heures par son chant, réveille ceux qui dorment, célèbre le jour qui s’approche ; mais d’abord il se réveille et s’excite lui-même à chanter, en battant ses flancs de ses ailes. Toutes ces choses ne sont pas sans mystère ; car la nuit, c’est ce siècle ; ceux qui dorment, ce sont les fils de cette nuit, couchés dans leurs iniquités ; le coq représente les prédicateurs qui prêchent à voix haute et réveillent ceux qui dorment, afin qu’ils rejettent les œuvres de ténèbres et ils crient: « Malheur à ceux qui dorment! lève-toi, toi qui dors ! » Ils annoncent la lumière à venir, lorsqu’ils prêchent le jour du jugement et la gloire future ; mais, pleins de prudence, avant de prêcher aux autres la pratique des vertus, ils se réveillent du sommeil du péché et châtient leur propre corps. L’apôtre lui-même en est témoin, quand il dit: « Je châtie mon corps, et je le réduis en servitude, de peur que par hasard, après avoir prêché aux autres, je ne vienne moi-même à être réprouvé ». Et de même que le coq, les prédicateurs se tournent contre le vent, quand ils résistent fortement à ceux qui se révoltent contre Dieu, en les reprenant et en les convainquant de leurs crimes, de peur qu’ils ne soient accusés d’avoir fui à l’approche du loup. La verge de fer sur laquelle le coq est perché représente la parole inflexible du prédicateur et montre qu’il ne doit pas parler de l’esprit de l’homme, mais de celui de Dieu, selon cette parole: «Si quelqu’un parle, que ce soit les discours de Dieu.. » Et parce que cette verge elle-même est posée au-dessus de la croix ou du faîte de l’église, cela signifie que les Écritures sont consommées et confirmées…»

Ainsi donc, au XIIIe siècle, il était bien entendu que le coq placé au sommet des clochers était un symbole ; de plus, il est clair que ce coq était mobile et servait de girouette. Mais, bien avant cette époque, il est question de coqs posés sur les flèches des églises. La tapisserie de Bayeux, qui date au moins du commencement du XIIe siècle, nous représente un coq sur l’église abbatiale de Westminster et ce coq, contrairement aux usages modernes, a les ailes éployées.
Walstan, auteur du Xe siècle, dans le livre de la Vie de Saint Swithin, parle d’une manière assez poétique du coq placé au sommet de l’église que l’évêque Elfège avait fait bâtir à Winchester 60 :

«Un coq d’une forme élégante et tout resplendissant de l’éclat de l’or, occupe le sommet de la tour ; il regarde la terre de haut, il domine toute la campagne. Devant lui se présentent et les brillantes étoiles du nord et les nombreuses constellations du zodiaque. Sous ses pieds superbes, il tient le sceptre du commandement, et il voit au-dessous de lui tout le peuple de Winchester. Les autres coqs sont les humbles sujets de celui qu’ils voient ainsi planant au milieu des airs et commandant avec fierté à tout l’Occident ; il affronte les vents qui portent la pluie et, se retournant sur lui-même, il leur présente audacieusement sa tête. Les efforts terribles de la tempête ne l’ébranlent point, il reçoit avec courage et la neige et les coups de l’ouragan; seul il a aperçu le soleil à la fin de sa course se précipitant dans l’océan, et c’est à lui qu’il est donné de saluer les premiers rayons de l’aurore. Le voyageur qui l’aperçoit de loin fixe sur lui ses regards; sans penser au chemin qu’il a encore à faire, il oublie ses fatigues ; il s’avance avec une nouvelle ardeur. Quoiqu’il soit encore en réalité assez loin du terme, ses yeux lui persuadent qu’il y touche

Ce symbole de vigilance, de lutte contre les efforts du vent, placé au point le plus élevé des monuments religieux, appartient à l’Occident. Il n’est pas question de coqs placés sur les clochers des églises de l’Italie méridionale. Serait-ce pour cela qu’on les a enlevés de la plupart de nos églises  ou que du moins on ne les replace pas généralement lorsqu’on les restaure ?

Nous n’avons point trouvé de coqs de clochers d’une époque ancienne, ou ceux que nous avons pu voir étaient d’un dessin et d’un travail si grossier que nous ne croyons pas nécessaire de les reproduire ici. Nous ne pouvons que souhaiter que les coqs reprennent leur ancienne place; ne fût-ce que comme girouettes, ils ont leur utilité.


Notes :

(1)  Guillaume Durand est né à Puimission près de Béziers, vers 1230. Il reçoit à Bologne le titre de doctor decretorum et commence un carrière de juriste. En 1269, il est appelé à Rome comme membre de la curie, chapelain et sous-diacre du pape Urbain IV (2). En 1285, il est élu  évêque de Mende, mais ne prendra ses fonctions qu’en 1291. En 1295 le pape Boniface VIII le rappelle au service du Saint Siège. C’est pendant son épiscopat que Durand en canoniste,  compose deux ouvrages largement diffusés qui marqueront l’histoire de la liturgie : le Rationale divinorum officiorum et le Pontificale. Il meurt à Rome le 1er novembre 1296.

(2) Le pape Urbain IV : En 1264, il instaurera la Fête de l’Église Universelle qui deviendra plus tard la Fête-Dieu (voir cette page),  fête avait déjà été célébrée à Liège sous le nom de « Saint-Sacrement » en 1246.



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