Beat Ignace Delfis

Abbaye Lucelle 1749

Cinq vicaires perpétuels, nommés par l’abbé de Lucelle, se sont succédés à Phaffans de 1656 à la Révolution :

  • Thiébaut Salomon (1656-1685)
  • Jean-Jacques Moureaux (1685-1709)
  • Beat Ignace Delfils (1709 à 1746)
  • Jean Nicolas Charmillot (1746-1770), né à Lucelle en 1719
  • Marc Antoine Berdolet (1770-1798)

Liste  des recteurs, administrateurs et curés de 1298 à nos jours :

 

Beat Ignace Delfis était originaire d’Indevillers (Doubs), village dépendant alors de la seigneurie alsacienne de Montjoie, bienfaitrice de l’abbaye de Lucelle. Comme Charmillot, il dut sa nomination à Phaffans grâce à sa proche parenté avec Nicolas Delfis, abbé de Lucelle de 1708 à 1751.

 
Plaque de cheminée retrouvée dans le presbytère actuel. Elle est apposée au mur de la grange curiale.

Plaque de cheminée retrouvée dans le presbytère actuel. Elle est apposée au mur de la grange curiale.

*Pour l’histoire de la découverte de cette plaque de cheminée : cliquez ICI

Comme l’usage le voulait Delfils s’établit à la cure avec sa famille et sa sœur épousa en 1724 Jean Joseph Boichat, maire de Phaffans.

Vue imaginaire de Phaffans sur un tableau de l'abbaye de Lucelle
Vue imaginaire de Phaffans sur un tableau de l’abbaye de Lucelle

Delfils visite Friesen (Haut Rhin)

Le curé de Phaffans fut nommé par sa hiérarchie épiscopale pour effectuer les visites bissextiles de Friesen de 1732 et de 1736.

Dans « Friesen et l’Ordre de Malte, cinq siècles de coexistence » les auteurs, Maurice Gross et Daniel Rouschmeyer, rapportent ces faits :

« Si le commandeur Henri Ferdinand de Stein de Rechtenstein pouvait compter sur Jean Conrad Karm comme parfait intendant, ce dernier apparaît également comme curé modèle. La visite bissextile* de 1732, faite par Albert Ignace Delefils, doyen et curé à Phaffans révéla que l’église et le mobilier sacré étaient en état décent(1)

Le visiteur rapporta que la paroisse possédait plusieurs calices de grand prix. Comme de coutume, il signala que le mur du cimetière était à réparer. Cent ans après que la guerre avait opéré des coupes sombres dans la population de la paroisse, celle-ci comptait à nouveau 220 familles et 500 communiants. Le visiteur insista sur le fait que « Jean Conrad Karm était un homme et un prêtre rempli de vertu et probe de mœurs, qui administrait avec rigueur sa charge en ce qui concernait les fonctions paroissiales ». Il nota que le prêtre avait un vicaire du nom de Jean Michel Uberschlag, « prêtre probe de mœurs, qui marche soigneusement sur les traces de vertu et d’honneur manifestés par le révérend sieur curé ». Et d’insister « les paroissiens sont très contents de leur révérend sieur curé et de leur révérend sieur vicaire, en effet l’un et l’autre s’acquittent de leur fonction scrupuleusement ». […..] La visite bissextile de 1736 faite comme la précédente, par Albert Ignace Delefils, doyen et curé à Phaffans, releva le même nombre de 220 familles mais gratifia la paroisse de 50 communiants supplémentaires, en les portant à 550 . »

Archives de l’ancien Évêché de Bâle à Porrentruy

Rapport manuscrit de Delefils de sa visiteà Friesen en 1732
Rapport manuscrit de Delefils de sa visite à Friesen en 1732 (cliquez pour agrandir)

On y trouve le rapport manuscrit de Delefils concernant la visite bissextile de Friesen en 1732, références : AAEB A 109/10 1732. dont voici la traduction (1)

Sous l’autorité altkirchoise

Le collateur du présent bénéfice curial est le commandeur de Saint Jean de Jérusalem à Soultz, qui est aujourd’hui le très honoré et révérendissime Seigneur Henri Ferdinand, libre Baron de Stein de Rechtenstein, chevalier de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, commandeur de Soultz, Colmar et Mulhouse.

Le curé est le révérend sieur Jean Conrad Karm d’Eschenzwiller en Alsace, qui est né le 3 août de l’année 1675 et possède le présent bénéfice depuis l’année 1700 (2) .

Le révérend sieur curé précité affirme être exempt de la juridiction de l’Ordinaire (du lieu) en ce qui concerne les mœurs et n ‘être soumis à ce même révérendissime Ordinaire seulement en ce qui concerne les affaires sacramentelles. Cependant, même s’il revendique cette immunité (3), il est un homme et un prêtre rempli de vertu et probe de mœurs, qui administre avec rigueur sa charge en ce qui concerne les fonctions paroissiales un vicaire du nom de Jean Michel Ûberschlag, prêtre probe de mœurs, qui marche soigneusement sur les traces de vertu et d’honneur manifestés par le révérend sieur curé (4).

Les propres (apti – note 5) paroissiens sont très contents de leur révérend sieur curé et de leur révérend sieur vicaire, en effet l’un et l’autre s’acquittent de leur fonction scrupuleusement. Mais cependant les dits paroissiens insistent toujours, comme lors des autres visites, afin que le révérend sieur curé envoie le vicaire à l’église filiale de Largitzen et que lui-même, chaque jour de dimanche ou de fête, célèbre l’office divin à Friesen, ainsi que c ‘est déjà exprimé dans le rapport de la dernière visite (6) et que lui-même, le révérend sieur curé est en possession des mêmes motifs et raisons contenus dans ce même rapport.

A l’église et dans le chœur toutes choses sont dans un état décent. De nombreux ornements et plusieurs calices de grand prix sont disponibles (7). Le cimetière cependant reste dans le même état, toujours ouvert, comme c ‘était le cas lors des précédentes visites. (8)

Les limites de cette paroisses sont Friesen, Largitzen, Ueberstrass, et la moitié de Hindlingen (9).

Revenus de l’église 90 Lb (livres bâloises)

Familles 220 Lb

Communiants) 500 Lb

Droits ou taxe) 10 Lb, 16 Lb 8 deniers

On donne l’avoine de chrétienté (10)  (datur avena christianitatis)

Notes:

1 – Voir glossaire de « Friesen et l’Ordre de Malte » ci-dessus, page 115.

2 – ailleurs il est dit qu’il est titulaire du bénéfice depuis 1698… L’indication de l’âge est également variable, mais là joue le mois de visite… –

3 –  mot à la mode ouvrant la porte à bien des abus, ce qui n’est pas le cas ici.

4 – voilà un bel exemple de bon exemple.

5 – apti a différents sens, donc difficile de savoir ce qu’il a voulu dire…

6 –  sans doute le rapport de visite de 1728, dont nous ne disposons pas.

7 – Un calice avait été commandé à un orfèvre de Porrentruy, voir les comptes de Karm.

8 Heureusement y a-t-il le problème récurrent du cimetière, sans quoi le visiteur eût été frustré de remarque critique. Les cimetières devaient être clôturés, pour échapper à la visite de bêtes errantes, et notamment à l’action des sangliers,véritables charognards de la nature.

9 La limite était constituée par un fossé (Dorfgraben. L’autre moitié des paroissiens devait se rendre beaucoup plus loin, à Mertzen (St Maurice).

10 Voir glossaire de « Friesen et l’Ordre de Malte » page 113. L’avoine constituait la nourriture, le carburant ! des montures.

Merci à Maurice Gross et Daniel Rouschmeyer de m’avoir communiqué et traduit ce document