La Bique

Le personnage de « La Bique » est né à Belfort !

Narcisse Bailly-Maître, dit « La Bique »

Cette histoire va me permettre de vous emmener du Territoire de Belfort vers mon pays natal, le Grandvaux (haut-Jura).

Le Territoire de Belfort eut à subir de nombreux bombardements à partir de septembre 1914, mais surtout en 1915 car les objectifs devinrent à la fois militaires et civils.

L’offensive aérienne la plus sérieuse eut lieu le 17 octobre 1915 lorsqu’une dizaine d’avions  allemands, les sinistres Tauben, bombardèrent la ville. A partir de février 1916, un canon de 380, le « Langer Max » composé d’un tube de 17m, prolongé d’une chambre de combustion de 2 m, pesant 77,6t avec une culasse de 2,6t , le tout posé sur un affût de 272t, envoyait des obus de 1,6m pesant de 750 à 1000kg depuis la forêt de l’Altenberg à Zillisheim situé à 30km de Belfort. Les tirs, peu précis, provoquèrent la terreur parmi la population, et ne firent « que » 4 morts en octobre 1916, après quoi le canon fut démonté pour être installé dans un autre secteur du front.

Le Petit Journal du 29 novembre 1914 – Les instituteurs soldats en Alsace

Le 24 juin 1916, Yvonne Stamm, future épouse de Pierre Binder, rapporte dans ses Carnets cet événement qui lui est parvenue jusqu’à Wesserling : « Deux obus de 380 sont tombés hier à Belfort. L’un est tombé près d’un enfant qui dormait dans un berceau gardé par un chien. L’enfant et le chien n’ont rien eu, le berceau a volé en éclats.. »

Numa Magnin, Grandvallier célèbre, fut directeur de l’École Normale à Belfort de 1908 à 1921. Pendant la Grande Guerre, il fut mobilisé dans l’armée territoriale dans son établissement transformé en caserne. A partir d’octobre 1914 il cumula jusqu’à la fin des hostilités la fonction d’inspecteur primaire pour le Territoire de Belfort et pour la petite partie sud de l’Alsace reconquise, Dannemarie, Thann et toute la vallée de la Thur, Masevaux …

Numa Magnin écrivit trois livres des aventures de son ami d’enfance, Narcisse Bailly-Maître. Dans la préface du premier tome, «Histoire de la Bique», dédié à son fils, il raconte l’ambiance qui régnait à Belfort sous les bombardements et comment est né ce personnage :

« Quand les avions allemands, les sinistres «Tauben», faisaient des incursions nocturnes sur Belfort, pendant la guerre, il fallait veiller ; leurs bombes et leurs torpilles incendiaires nous obligeaient parfois à descendre à la cave pour y chercher la sécurité. Toute l’école était sur pied.

Dans ta belle insouciance du danger, tu prenais les alertes des sirènes et les sonneries des clairons pour une fanfare, les éclairs des éclatements et des coups de canon pour un feu d’artifice. Tu ne pouvais croire que l’ennemi voulût tuer des femmes et les enfants endormis. Tu ne consentais qu’en maugréant à être dérangé dans ton sommeil et à quitter le lit, et c’était toute une affaire, quand nous devions t’emporter, enveloppé dans les couvertures. Pour te tenir éveillé, le plus longtemps possible, comme dans les Mille et une Nuits, je te racontais des histoires du Haut Jura, et c’est ainsi que la physionomie de La Bique, un ami d’enfance, se dessina et se précisa peu à peu au cours des nombreuses soirées où nous essayions, en famille, de distraire notre pensée des événements angoissants et de la détourner un instant, oh ! pas longtemps, de ceux qui se battaient pour nous. – Fort du Plasne (Jura) 11 septembre 1922 ».

Un taube et des canons saisis aux allemands sont exposés sur la Place d'Armes à Belfort en 1915 (collection Olivier Le Roy)
Un « taube » et des canons saisis aux allemands sont exposés sur la Place d’Armes à Belfort en 1915 (collection Olivier Le Roy)

Le Taube est un avion monoplace qui vole à 90 km/h et qui n’est pas armé. Il est en service dans l’armée allemande jusqu’en 1915. La forme de ses ailes courbées en arrière pour améliorer sa stabilité en vol lui vaut son nom qui signifie « pigeon » en allemand. C’est le premier bombardier de l’histoire : le 30 août 1914, un Taube lâche des tracts et quatre bombes sur le Xe arrondissement de Paris qui blessent deux femmes.

Les dégâts causés par le canon de 380 allemand installé à Zillisheim

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Bibliographie de « la Bique »:

  • Histoire de la Bique
  • La Bique en apprentissage
  • La Bique en voyage

Il est difficile de retrouver ces livres car l’éditeur, Marque-Maillard à Lons le Saunier, n’existe plus.

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