Les temps anciens

Repères chronologiques

Phaffans

« Le site gallo-romain de Phaffans était totalement inconnu avant les travaux de construction de l’autoroute A36 en 1974. Il semble que ces travaux n’aient fait que l’effleurer puisque aucun mur n’a été découvert. Seuls sont apparus, dans une coupe pratiquée le long du chantier, deux amas de pierres brutes, écartés d’une vingtaine de mètres et approximativement parallèles, qui peuvent avoir été des drains justifiés par la présence de sources abondantes. Entre les deux et au même niveau à 0,90m de profondeur, s’étendait une couche de tuiles,  sous laquelle se trouvaient successivement un niveau de cendre, une couche de sable et de cailloux contenant de la céramique, puis un blocage de pierres calcaires reposant sur la glaise du sous-sol. En avant de cette coupe, sur le tracé et dans l’axe de l’autoroute a été découvert et détruit un alignement de pieux de chêne pouvant correspondre à une palissade.

Céramique sigillée recueillies dans les déblais de l'A36

La céramique recueillie provient surtout des déblais, en particulier des fragments d’un mortier à déversoir de type Drag 43, qui indique une occupation du site dans la seconde moitié du deuxième siècle. Des tessons de céramique commune noire à décor ondé, très proches des fragments recueillis à Bourogne et Grandvillars, pourraient peut-être indiquer une occupation plus tardive. Il est aussi possible, sinon probable, que les lieux aient été fréquentés bien avant le second siècle comme en témoigne la découverte d’une hache en aphanite (voir note) à proximité immédiate du site. »

Denney

1 – Le site du Brammont

Un site néolithique sur les hauteurs du Brammont, dominant la route nationale 83 était connu depuis le début du XXe siècle. Dans les années 1970, une nouvelle prospection aboutit à la découverte d’un petit camp de hauteur composé de deux remparts de 5 à 6 mètres de long barrant la crête. Les objets retrouvés  comme les tessons de céramique du néolithique, une lame de faucille du Bronze moyen et puis, plus tard, un fragment de faucille du Bronze final, prouvent que l’occupation du site a été longue et répétitive. Il est intéressant de signaler qu’ on a trouvé ici, comme sur le site de Phaffans, des lames en aphanite (voir note) provenant de la carrière de Plancher les Mines.

Quelques objets du site du Brammont

2 – Le site gallo-romain

Au début des travaux de construction de la bretelle reliant la N83 à l’A36 et la RD19, un promeneur découvrit sur le chantier  « un manche de couteau à tête de félin en bronze ». Une prospection localisa un habitat gallo-romain entre la bretelle et la RD46 au niveau de la médiathèque. Constitué de deux bâtiments distincts dont l’un possédait un hypocauste (4) à en juger par les tubulures de terre cuite retrouvées. La présence d’autres bâtiments, dont un puits, semble probable. Les objets alors recueillis sont :

  • Pour le bronze : quelques objets en quantité restreinte
  • Pour le verre : un fond de balsamaire (1) et de bouteille et un fragment de cruche;
  • Pour la céramique : 3 fragments de sigillée dont l’un provient de l’atelier de Graufesenque (5) (90 à 150 Apr. J-C.), le second un pied de gobelet è cannelures (milieu IIe début IIIe siècle) , le dernier un mortier daté du III et IVe siècle)
  • L’intaille (2) : d’excellente facture avec une forme ovale de 13×9,5mm. Elle est réalisée en prase (3) de couleur vert-bleu pâle. Le motif est une Venus Victrix.

Lacollonge

Le casque

A l’occasion de travaux effectués pour la base aérienne de Fontaine, une pelleteuse qui extrayait du sable et des graviers dans les alluvions de l’Autruche, a dégagé à une profondeur de deux mètres, une série de pieux de chêne au bouts épointés et durcis au feu disposés en palissade. Un très beau casque à calotte ronde, au bord faiblement retroussé et au couvre nuque peu saillant, fut dégagé. Ces caractéristiques permettent de le dater d’une période comprise entre la guerre des Gaules (-58 à -51 av. J-C ) et l’époque d’Auguste (-63, – 14 av. J-C)


Note sur l’aphanite

L’aphanite est une roche magmatique dont la structure est à grain très fin. Les cristaux qui la composent sont si petits qu’ils ne peuvent être observés à l’œil nu. L’aphanite était utilisée par les artisans du néolithique pour fabriquer des haches et autres outils. C’est une roche d’aspect sombre dont la patine superficielle est blanche à brune. Son nom ancien était : schiste siliceux, pétrosilex, phtanite, amphibole schisteuse, aphanite . Son nom moderne est : pélite-quartz.

Une immense carrière d’aphanite a été découverte en 1989 à Plancher-les-Mines (Haute-Saône) dans la vallée d’un petit ruisseau affluent du Rahin, à moins de 30 kilomètres de Phaffans. Ce site comprend deux fronts d’extraction et des talus de déblais encore visibles et bien conservés. Les hommes du néolithique exploitaient cette roche dure pour la fabrication de haches en pierre polie entre 4600 et 3700 avant Jésus-Christ. La carrière occupait une surface de 6 ha pour 155m de dénivellation, représentant un volume de déblai et de déchets de taille estimé à 80 000 mètres cubes !

Un peu de géologie

Par Roland Schaub

« On s’est longtemps demandé pourquoi les hommes du néolithique allaient chercher ces pierres dures si loin et si haut dans la montagne… aujourd’hui on comprend tout en consultant la carte géologique. On y voit, à l’est de Plancher-les-Mines, des terrains volcano-sédimentaires du Viséen supérieur (Carbonifère). Vieux de plus de 300 millions d’années, il s’agit de roches volcaniques et sédimentaires déposées dans un bassin marin et plissées par la suite. Les roches de Plancher sont donc des sédiments « indurés » après leur dépôt, ce sont des pélites de couleur sombre, à grain très fin (d’où aphanite) ; les différents éléments (quartz, feldspath et même mica) ont été soudés dans un ciment siliceux dans un contexte volcanique qui libérait de la silice dans l’eau de mer. En consultant la carte, on aperçoit au fond du vallon de Marbranche, une bande allongée d’un bleu sombre désignée Lamprophyres, sans entrer dans le détail, disons qu’il s’agit d’une roche très dure, sorte de magma à température élevée (+700°C) baptisée d’abord « schiste siliceux », puis pétrosilex et enfin aphanite. »

Bibliographie :

Articles de Lucien Lerat (1909-1993),  Professeur à l’université de Besançon et Directeur des antiquités historiques de Franche-Comté de 1942 à 1971

Articles de Jacques-Pierre Millotte (1920-2002), protohistorien, professeur à l’université de Besançon, administrateur du service archéologique.

J.P. Morel : « Informations archéologiques« , Gallia, XXXIX – 1976 –  p. 437

M. Rilliot : « Les recherches archéologiques.. » p. 93.

Extrait de : « Cartes archéologiques du Territoire de Belfort » par Michel Colney, publication n° 4 – 1983 du groupe de recherches archéologiques du Territoire de Belfort.

Notes :

(1) Le balsamaire est un petit récipient de l’antiquité romaine permettant de contenir une essence, un baume odoriférant Il était en particulier utilisée dans les rites funéraires.

(2) Une intaille est une pierre dure et fine gravée en creux pour servir de sceau, de cachet. Elle peut être montée en bague, bijou ou faire partie d’une parure. C’est le contraire du camée qui est une pierre gravée en relief.

(3) Le quartz prase est une variété de quartz de couleur verte.

(4) Un hypocauste est un système de chauffage par le sol utilisé à l’époque romaine et gallo-romaine, surtout dans les thermes romains.

(5) La Graufesenque est un site archéologique situé à deux kilomètres de Millau (Aveyron), sur le territoire du peuple gaulois des Rutènes. Son développement est dû à la production massive de céramique sigillée, inspirée de modèles italiens.