Quatre épices

de Jacqueline Lazarre.

Jacqueline Lazarre, féministe, sensuelle et tendre, parfois caustique, sort un nouveau livre. A consommer sans modération.

La Denneysienne Jacqueline Lazarre publie, cette semaine, un recueil d’une centaine de textes, intitulé « Quatre épices ». Elle n’en est pas à son coup d’essai. En 1988, elle écrivait en effet un livre à succès « L’ami Pouchu », petites histoires vécues par les gens de la campagne comtoise, avec des mots et expressions du cru. Aujourd’hui, elle récidive avec une plume surfant au gré de ses états d’âme, pour le plus grand plaisir de ses nombreux admirateurs. « J’ai fait ce recueil pour ne plus m’entendre dire qu’il était égoïste de ma part de garder ces textes pour moi seule, pourtant je les ai dits à droite à gauche » revendique t-elle. Cette arrière-grand-mère, féministe, posée et distinguée, nous entraîne dans des poèmes, contes, nouvelles, litotes et même chansons qu’elle aromatise avec ses ingrédients personnels : « Mes quatre épices en écriture sont l’humour, la tendresse, la sensualité et l’émotion. Pour les pimenter j’ai ajouté quelques souvenirs, réflexions et coups de gueule » déclare t-elle. Sensuelle et tendre, souvent espiègle, Jacqueline peut cependant devenir piquante et se révolter, tout en sachant raison garder, ne cédant pas à la passion. Elle se décrit volontiers comme un chansonnier à l’affût du moindre fait divers, qu’elle peut tourner en dérision à fleuret moucheté. Elle peut cependant toucher et couler les grands de ce monde ou ceux qui commentent l’actualité.

Turbulence comique

Sa colère est immense lorsqu’elle évoque le cyclone Nargis et l’attitude ignoble de la junte birmane vis-à-vis de ses ressortissants : « A ce niveau ce serait de la turbulence comique, si ne n’était aussi dramatique ! A qui s’adresser ? Aux dieux de tous les horizons, de toutes les confessions ? Aux puissants de ce monde ? Ah ils ne sont pas si puissants, puisque ce martyr perdure. Honte à notre siècle de grands satisfaits, beaucoup trop de salive pour peu d’effets. » Dans son recueil, l’humour caustique est omniprésent. Témoin son invention « La machine à botter le cul » qu’elle a dessinée et qu’elle destine aux tyrans ou fortes têtes qui ne veulent rien comprendre. Reste l’extrême sensibilité qu’elle réussit à faire passer au plus profond de nos entrailles. Elle se traduit dans la sensualité d’abord, qui se dégage notamment dans une superbe métaphore « L’amoureux de la mer » qu’elle a écrit spécialement pour les non-voyants. « Ils m’avaient demandé un poème avec beaucoup d’images » confie t-elle. Elle a réussi au-delà de toute espérance, le lecteur ou l’auditeur se laissant bercer par le ressac des vagues mais aussi par de doux rêves érotiques qu’il pense deviner.

Émotion

L’émotion enfin, quand dans la dernière page de son recueil, elle parle de sa mère qu’elle compare avec grande tendresse à une sentinelle : « Elle n’est plus là, ma sentinelle. J’ai les mains vides et le cœur douloureux. Mais rassure-toi ma sentinelle, je sais garder le chagrin silencieux. » Du bel ouvrage pour des moments merveilleux.

Denney le 25 octobre 2008

Texte et photo d’ André Enderlin