Le village au XIIIe siècle

Introduction

Ces textes du 13e siècle, sont extraits des « Monuments de l’histoire de l’ancien Evêché de Bâle recueillis et publiés par ordre du Conseil-exécutif de la République de Berne » par Joseph Trouillat. Ils sont le témoignage direct des relations entre l’évêché de Bâle, l’abbaye de Lucelle, le comte de Ferrette, le pape Boniface VIII et la paroisse de Phaffans.

Vous remarquerez que l’évêque n’est jamais nommé autrement que par « P., par la grâce de Dieu évêque de Bâle » ce qui est curieux.

Le texte [517] est signé du pape Boniface  VIII lui-même. Sans doute suite à une requête de Jean Schwab. Il est probable que Jean Schwab ait le titre et les revenus du curé  ou recteur ou prévôt de Phaffans, mais que ce soit son vicaire qui fasse tout le travail ! D’où d’éventuelles discordes remontant jusqu’à Rome.

Je rends hommage à l’abbé Jean-Pierre Pavie, ancien professeur de lettres classiques au collège épiscopal de Zillisheim qui m’a gentiment traduit  ces textes du latin. Sur un post’it il note avec son humour habituel : « Et vive le latin du 13ème siècle ! ». Un latin très lourd, avec quelques mots inconnus et par conséquent, une traduction s’inspirant parfois plus du contexte que du texte lui-même. Fait remarquable : le comte de Ferrette a signé le texte [509] à…Zillisheim !)

Merci également à Jean-Louis Chanet, mon ami d’enfance, Grandvallier , ancien directeur du collège épiscopal de Zillisheim. Il s’est chargé de transmettre ce travail à l’abbé Jean-Pierre Pavie.

A propos de Joseph Trouillat : né et mort à Porrentruy (1815-1863). Il étudie au collège de cette ville dont il devient l’un des professeurs. Il a en charge la bibliothèque qui compte alors 12 000 volumes. En 1842, il est nommé conservateur des archives de l’ancien évêché de Bâle à Porrentruy . Il publie les « Monuments de l’histoire de l’ancien Evêché de Bâle recueillis et publiés par ordre du Conseil-exécutif de la République de Berne « (1852-1861) ; le cinquième volume est paru en 1867 après sa mort.

Les textes

26 mai 1296

Thiébaud, comte de Ferrette, donne à l’abbaye de Lucelle le droit de patronage des églises de Phaffans et d’Etueffont.

Que soit connu à tout un chacun qui aura fait connaître que nous, Thiébaud, comte de Ferrette, en toute bonne foi et en simplicité, pour le salut de nos âmes et de nos descendants, avons donné, fait don et transmis et par les présentes donnons et transmettons de par la volonté et le consentement exprès du révérend père et seigneur P., par la grâce de Dieu évêque de Bâle, le droit de patronage des églises de Phaffans et d’Etueffont qui est connu nous revenir et dans la possession pacifique et paisible duquel nous fûmes, au monastère de Lucelle, diocèse de Bâle, de l’ordre des cisterciens.

Nous voulons en plus que les abbés de ce même monastère de Lucelle en place, par la force de ce mode de donation et transmission faites entre vifs, présentent et aient le droit de présenter aux églises susnommées, quand il y a vacance.

Nous promettons aussi de considérer perpétuellement ratifiée et ferme la donation et transmission de ce genre et de défendre efficacement et fidèlement, chaque fois que cela sera nécessaire, ce même monastère de Lucelle dans son droit de patronner les dites églises. Par les présentes, nous obligeons fermement à cela nous et nos héritiers ou successeurs.

En témoignage de ce fait et en perpétuelle mémoire de ce qui a été dit plus haut, nous faisons apposer notre sceau sur ce document.

Donné à Thann en l’an du Seigneur 1296, le lendemain de la saint Urbain, pape et martyr.

26 juin 1298

Bourkard de Landskron, abbé de Lucelle, donne à Thiébaud, comte de Ferrette, la faculté de présenter, pour une fois seulement, au rectorat de l’église de Phaffans, dont le droit de patronage appartenait à Lucelle.

Au noble seigneur Thiébaud, comte de Ferrette et représentant de l’Empire pour l’Alsace, le frère Bourkard, abbé de Lucelle, toujours prêt à lui être agréable, son pieux salut.

Voulant complaire en tout à votre Révérence ni refuser ce qui nous est possible, nous vous concédons pour cette fois-ci, par la teneur des présentes, pleine autorité de nommer à l’église de Phaffans, dont le droit de patronat nous revient, étant sauf pour l’avenir le droit pour nous et pour nos successeurs.

Donné à Olsperg, en la fête des bienheureux Jean et Paul.

27 juin 1298

Thiébaud, comte de Ferrette, avec le consentement de l’abbé de Lucelle, présente à Pierre d’Asphelt, évêque de Bâle, un candidat au rectorat de l’église de Phaffans.

Au révérend dans le Christ père et seigneur P., par la grâce de Dieu évêque de Bâle ou à son vicaire, Thiébaud, comte de Ferrette, représentant de l’empire pour l’Alsace, avec toute sa considération et révérence dues et pieuses.

Comme pour l’église de Phaffans, évêché de Bâle, vacante suite au décès de Hugues de Rotenberg, autrefois recteur de cette même église, le seigneur abbé du monastère de Lucelle, de l’ordre cistercien du diocèse de Bâle, auquel monastère de Lucelle revient notoirement le droit de patronage de l’église de Phaffans, nous a cédé pour cette fois-ci son autorité de présenter à cette église, nous désirons présenter à votre paternité Jean, fils d’Ulrich dit Schwab, commerçant gérant à Bâle, jeune clerc et surtout prudent et discret, pour être investi de la dite église. Nous vous supplions humblement et pieusement de daigner investir ce Jean que nous présentons pour la dite église de Phaffans et de son nouvel autel.

En foi de quoi, notre sceau a été apposé aux présentes.

Donné à Zillisheim, en l’an du Seigneur 1298, le vendredi après la Nativité de Jean-Baptiste[Note 1].

Note de Trouillat 1 : le 17 août 1298, les bourgeois de Bâle et ceux de Lucerne conclurent un accord pour mettre fin à leurs griefs réciproques, au sujet des prisonniers que les deux parties avaient faits au cours de leurs différends. Conrad de Kinden et Jean d’Erguel étaient les mandataires des bourgeois de Bâle dans cette question. Cet acte est publié par M. Kopp. Urkunden, tome II 164. Le 26 août de la même année, le conseil et les bourgeois de Bâle déclarent à ceux de Lucerne qu’ils approuvent l’accord conclu par leurs mandataires, en ajoutant que Conon von Spahlen dont ceux de Lucerne ont à se plaindre, n’est pas bourgeois de Bâle et que des captifs rendus qui voudraient exercer quelque vengeance contre ceux de Lucerne à raison de leur captivité, seront arrêtés et ne seront jamais bourgeois de Bâle.

1298

Lutholde de Rötheln, prévôt de l’église cathédrale de Bâle, charge le prévôt de de l’église de Saint-Pierre en cette ville, de pourvoir à l’investiture du recteur de l’église de Phaffans.

Lutholde, prévôt de l’église de Bâle, vicaire général pour les affaires spéciales du vénérable père, le seigneur P., par la grâce de Dieu évêque de Bâle, au vénérable prévôt de l’église Saint-Pierre de Bâle, salut éternel en Dieu.

Dans l’affaire de l’église de Phaffans, présentement vacante, alors que nous sommes pris par diverses affaires et tractations, nous confions, par la teneur des présentes, à votre discrétion nos pouvoirs et demandons que, aussi longtemps que, dans cette tractation à propos de l’institution et de l’investiture de cette église et de la personne du recteur et de tout ce qui les concerne vous avez à prendre des décisions selon notre mandement, vous le fassiez et l’ordonniez, dans le ferme respect de la procédure ecclésiastique.

Donné à Bâle, en l’an du Seigneur 1298 [Note 2].

Note de Trouillat 2 : Phaffans, village du canton de Fontaine, Haut-Rhin, chef-lieu paroissial de plusieurs communes. Le droit de patronage de cette église donnée à l’abbaye de Lucelle le 26 mai 1296, par Thiébaud, comte de Ferrette, lui fut confirmé par Ulric de Ferrette en 1316, le 24 août et par Albert, duc d’Autriche, en 1333, le 13 novembre. Cette église avait été incorporée à l’abbaye de Lucelle par le pape Jean XXII, le 19 juin 1330 et l’annexion opérée par Jean de Chalons administrateur de l’évêché de Bâle, le 19 juin 1331. Cartulaire de Lucelle.

6 octobre 1298

Le prévôt de l’église de Saint-Pierre, à Bâle, mande au doyen du chapitre rural du Sundgau, d’opérer l’installation du recteur de l’église de Phaffans.

Le prévôt de l’église Saint-Pierre à Bâle, désigné comme exécuteur de ce qui suit par l’honorable seigneur Lutholde de Rotellein, prévôt de l’église majeure de Bâle et vicaire général du révérend dans le Christ père et seigneur P., par la grâce de Dieu évêque de Bâle, au distingué doyen du Sundgau, salut dans le Seigneur.

Vous saurez que, par l’autorité à nous transmise par le susdit prévôt et vicaire, au sujet du soin des âmes, nous avons investi et investissons par les présentes Jean, fils de Ulrich dit Swap, présenté à nous pour l’église de Phaffans, vacante par la mort du dénommé Crapat, recteur de cette église, par le noble seigneur Thiébaud, comte de Ferrette, qui pour cette fois, par cession de l’abbé du monastère de Lucelle, vrai patron de la dite église, a eu le droit de présentation par personne (interposée) à cette église de Phaffans, par l’intermédiaire de maître Ulrich de Waldenburg, du libre seigneur Wilhelm*, vicaire de cette église de Phaffans et de ce même maître Ulrich.

Nous vous demandons d’introduire le susdit Jean en possession de la dite église de Phaffans et le dit Wilhelm* en possession de cette même cure en leur faisant produire le serment obligé et habituel, de leur garantir les revenus de cette église et de les faire accueillir en confraternité par vos confrères du dit doyenné du Sundgau.

Nous voulons et déclarons que le dit Wilhelm* jouisse des fruits de sa prébende, comme il les recevait d’habitude et que tous les autre droits, ressources, secours, produits et provendes reviennent obligatoirement au susdit Jean, comme recteur et personne de cette église, sans quelque diminution, avec mise en exécution.

Donné à Bâle, en l’an du Seigneur 1298, la veille des nones d’octobre.

* A propos de Wilhelm : est-ce le même personnage que celui cité dans le parchemin de 1263,  le Guillaume de Phaffans, 35 ans plus tôt ?

5 avril 1299

Le pape Boniface VIII confirme au recteur de l’église de Phaffans les biens et revenus affectés à ces fonctions.

Boniface, évêque, serviteur des serviteurs du Christ, à notre cher fils Jean, recteur de l’église de Phaffans, diocèse de Bâle, salut et bénédiction apostolique.

Les justes désirs des demandeurs méritent que nous donnions une approbation aisée et réalisation de vœux qui ne s’écartent pas du chemin de la raison. C’est pourquoi, cher fils dans le Seigneur, venant au-devant de tes justes demandes par notre consentement, nous te confirmons par autorité apostolique et par le poids de cet écrit nous le fortifions, l’église de Pfeffingen avec ses dépendances que tu dis avoir reçu canoniquement, comme tu en as possession juste et sans histoire. Qu’il ne soit donc permis à personne d’enfreindre cette page de notre confirmation ni d’aller à son encontre par audace téméraire. Si quelqu’un avait la présomption d’attenter à cela, qu’il se sache l’objet de l’indignation de Dieu tout puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul.

Donné au palais du Latran, aux nones d’avril, la cinquième année de notre pontificat.