Trois anecdotes

L’affaire d’Hirsingue (1794)

Les habitants de cette commune du Sundgau avaient organisé une procession et abattu l’arbre de la liberté. En guise de représailles, les représentants due la République, Hentz et Goujon, ordonnèrent l’incarcération et la déportation de tous les prêtres des deux départements rhénans le 22 juillet 1794. La plupart furent emprisonnés à Belfort,  Besançon et Ribeauvillé.  Le 28 juillet,  l’exécution de Robespierre mit fin à cette première Terreur et le 21 février 1795, le culte catholique était de nouveau autorisé pour les prêtres en règle avec la loi.

Dans le registre clandestin qu’il tenait à la cure de Phaffans, Berdolet raconte son incarcération à la citadelle de Besançon à la suite de l’affaire d’Hirsingue :

« Arrivés là, tous furent fouillés et jetés enfin dans les prisons. Celles-ci n’ayant pu suffire pour les contenir tous, on fut obligé de remplir de prisonniers l’église de la citadelle. On était pèle-mêle avec la vermine, qui régnait surtout dans les salles de discipline.. On se trouvait à quinze ou seize réunis dans une chambre où il y avait d’ordinaire que quatre ou cinq lits.. On s’attendait journellement à être mitraillé. Le canon fut chargé à la mitraille sous les yeux des prêtres ; la mèche était continuellement allumée et un canonnier de faction était là, avec ordre de faire feu, pour peu qu’il entendît du bruit. Le quartier où l’on était renfermé, était investi de sentinelles, de douze pas en douze pas. »

Extrait du registre clandestin

Extrait de son registre clandestin


Ancône privé du bijou de Charlemagne

La France a refusé de prêter le talisman pour le millénaire de la basilique.

Par VINCENT NOCE

Le lundi 31 mai 1999

Le talisman de Charlemagne (Wikimedia common)

Pour célébrer le millénaire de sa basilique, Ancône a accueilli samedi le pape Jean Paul II, venu inaugurer la grande exposition d’art sacré,  riche de 170 objets venus d’Europe et du Proche-Orient. La visite papale a été assombrie par un léger incident : le refus de la France de laisser venir à l’exposition ce qui en aurait été une pièce maîtresse, le talisman de Charlemagne. Ce bijou en or, émeraudes, perles et saphir a été trouvé au cou du squelette de l’empereur quand il a été exhumé, en 1166, au moment de sa canonisation. En forme d’ampoule, il contient une épine de la vraie Croix qui fut donnée à Charlemagne par le calife Haroun al-Rachid. L’évêque Marc Antoine Berdolet l’a offert à Napoléon en 1804 pour le remercier d’avoir rendu à l’église d’Aix-la-Chapelle les reliques qui lui avaient été enlevées à la Révolution. Le talisman fut gardé par Joséphine après son divorce puis passa à l’impératrice Eugénie, qui lui vouait un attachement superstitieux et refusa de s’en séparer, malgré les appels pressants de l’empereur Guillaume II qui aurait bien voulu le voir rejoindre le trésor de Charlemagne. En 1919, elle se laissa cependant convaincre de le donner à l’archevêque de Reims. Il se trouve aujourd’hui dans la capitale champenoise en dépôt au palais du Tau, avec le trésor de la cathédrale.

Le talisman appartient au diocèse, mais, comme il a été classé monument historique en 1962, il fallait l’autorisation de l’Etat pour le laisser quitter le territoire. Les refus de sortie pour une exposition temporaire sont cependant très rares. D’où la surprise des organisateurs d’Ancône quand ils se virent refuser par la direction du patrimoine la venue du talisman, plus d’une fois exposé hors de France, à Aix-la-Chapelle notamment.

L’abbé Jean Goy, conservateur des objets d’art du diocèse, ne cache pas qu’il « regrette énormément » le refus du prêt de cet objet « hautement symbolique ». Le spécialiste français Jacques Charles-Gaffiot, qui a collaboré à l’exposition, se dit d’autant plus «surpris» que l’administrateur du palais du Tau avait donné son assentiment. Certains parlent de stupides conflits d’autorité au sein de l’administration du patrimoine, d’autres vont jusqu’à évoquer un mauvais coup anticlérical. « L’Etat français n’est pas mécontent de rappeler son autorité sur un bien de l’Eglise », assure un des organisateurs de l’exposition, estimant que cet « incident donne raison aux diocèses qui préfèrent ne pas laisser classer leurs objets les plus précieux ». Les motifs avancés apparaissent en tout cas contradictoires.

Dans un premier temps, il fut répondu que l’exposition ne réunissait pas les garanties scientifiques, de sécurité et de sûreté de transport permettant le prêt d’un objet aussi considérable. Mais l’argument résistait mal à l’examen : avec l’aval d’autres inspecteurs du patrimoine, le calice et la patène de saint Gauzelin (éléments du trésor de la cathédrale de Nancy) ont bel et bien été prêtés – et assurés pour dix millions de francs. On allégua ensuite la «fragilité» du talisman.

Pour sa part, François Gossen, qui dirige les Monuments historiques à la direction du patrimoine, se défend de toute intention anticléricale : « C’est ridicule. Nous autorisons chaque mois la sortie de dizaines d’objets religieux pour des expositions. » Il souligne s’être appuyé sur l’avis défavorable de deux responsables de ses services, dont l’une, qui dirige le laboratoire de recherches aux Monuments historiques, aurait même suggéré une restauration du talisman tant celui-ci est abîmé. Or, cette explication non plus n’a pas été donnée dans la lettre officielle de refus, où il est simplement dit que le talisman ne résisterait pas au voyage en raison de « sa nature composite ». Argument guère plus convaincant : tous les reliquaires sont «de nature composite».


Victor Hugo l’a aussi évoqué

Le Rhin – Lettres à un ami

Lettre IX. – Aix-La-Chapelle. -Le tombeau de Charlemagne

Aix-La-Chapelle, 6 août.

[…] Quand NapoBerdolet Armes épiscopalesléon visita la chapelle, au monde que portait dans ses serres l’aigle d’ Othon on ajouta la foudre que j’ai vue encore aujourd’hui fixée aux deux côtés du globe impérial. Le suisse dévisse ce tonnerre à la demande des curieux. Sur le dos de cet aigle, comme par un triste et ironique pressentiment, le sculpteur du dixième siècle avait étendu une chauve-souris d’airain à face humaine, qui est là comme clouée et sur laquelle s’appuie maintenant le livre du lutrin. À droite de l’ autel est scellé le coeur de Marc Antoine Berdolet, premier et dernier évêque d’ Aix-La-Chapelle. Car cette église n’a jamais eu qu’un seul évêque, celui que Bonaparte avait nommé et que son épitaphe qualifie primus aquisgranensis episcopus . À présent, comme jadis, la chapelle est administrée par un chapitre que préside un doyen avec le titre de prévôt. Dans une salle sombre de la chapelle, le suisse m’a encore ouvert une armoire. Là est le sarcophage de Charlemagne. […]

Paris, 1841.