La May au 19e siècle

La May du XIXe siècle

Vue générale du domaine de La May

Le domaine de La May vers 1830 (ADTB)

La ferme de La May, aujourd’hui ruinée par un incendie en 1912, était retirée très à l’écart des villages, à 600 mètres de la route Belfort – Strasbourg, sur le ban de la commune de Menoncourt, accessible par le chemin situé en contre-bas de la ferme Gerig. Ce lieu est parfois écrit avec trois orthographes différentes suivant les époques : La May, La Maix ou La Maie. Elle était habitée par une communauté d’anabaptistes, une ou deux familles, venues de Suisse au début du 18e siècle, fuyant les persécutions. Ce mouvement pacifiste et religieux est issu de la réforme protestante de Zürich vers 1520, sous l’influence de Conrad Grebel et d’Ulrich Zwingli. Il prône un baptême volontaire et conscient, à un âge où la personne est en mesure de comprendre l’engagement qu’elle prend. Le mot vient du grec anabaptizein signifiant « baptiser à nouveau ». Cette pensée est aussi un point essentiel de la réforme radicale protestante. Ils sont donc adeptes d’une religion simple, proche du christianisme primitif :

  • Le baptême des enfants se fait à 14 ans, précédé d’une profession de foi et d’examens.
  • Ils ne peuvent pas remplir de charge civile (droit de glaive), l’usage des armes leur est interdit, donc le service militaire. Ce sont des objecteurs de conscience.
  • Ils ne doivent pas jurer : le serment est un geste religieux, qui ne peut être requis même devant les tribunaux.
  • Le mariage n’était permis qu’entre coreligionnaires. Il ne pouvait être consommé que trois jours après la cérémonie.
  • Le pasteur n’est pas investi du sacerdoce, il est élu librement par la communauté. La structure ecclésiastique est réduite, elle n’a ni la raideur, ni la fixité d’un véritable clergé.

Leur population, qui s’est maintenue à environ 2000 personnes en Alsace et en Lorraine, a bien résisté à l’intégration par l’isolement de ses membres dans des fermes écartées, comme c’est le cas, ici, pour la ferme de La May. Cet isolement s’explique surtout par des considérations agraires, plus que par une volonté religieuse. En effet, les immigrants anabaptistes à leur arrivée ne trouvant pas de place dans les villages de petits exploitants et propriétaires, se sont engagés facilement comme fermiers dans de grands domaines seigneuriaux ou bourgeois à cause de leur réputation. La ferme de La May appartenait depuis 1711 au Comte de Reinach-Foussemagne, époque probable de la première occupation de la May par des anabaptistes. Chassés de Suisse par les protestants bernois, voici qu’arrive en 1712 l’ordre général d’expulsion de Louis XIV, poussé par l’intransigeance catholique. L’exode reprend en direction du comté de Montbéliard, de la Lorraine, de l’Alsace ( en particulier à Sainte-Marie-aux Mines) et de la principauté de Salm (aujourd’hui en Alsace, l’ancien comté puis principauté de Salm était historiquement une terre lorraine jusqu’aux traités de Francfort du 10 mai 1871). Les immigrants ont dû trouver refuge dans ces nouveaux pays, assez facilement et parfois avec l’aide des propriétaires terriens et des seigneurs locaux, en exemple les Reinach. La mesure de clémence de 1728 est intervenue précisément sous la pression des propriétaires intéressés.

.

.


Détail de l’habitation mennonite de La May

La ferme est composée d’une maison d’habitation (128 & 129) et d’un bâtiment d’exploitation (131 & 134) séparés par une large cour (130).  Les petites parcelles (132, 133 & 135) sont le jardin potager et le verger, bien exposés au sud.  La présence d’un temple (parcelle 132), entre ces deux bâtiments, prouve qu’au XIXe siècle, la ferme de La May a servi de lieu de culte  pour bon nombre d’anabaptistes de la région de Belfort. Le « fossé » au bout de la parcelle 119 est en fait le ruisseau de Perches qui rejoint le canal des moulins de la vallée de la Madeleine un peu en amont du moulin Notre-Dame. L’alimentation en eau était assurée. Ces bâtiments apparaissent sur la carte de Cassini de 1760 sous le nom de « La Maix« . (voir la carte) Aujourd’hui, la forêt a repris ses droits. La surface des terres désignées sur le cadastre de 1831 « Ferme de La May » est pratiquement divisée par deux. Pratiquement, il ne reste cultivable que le Champs du Pommier. Les ruines de la ferme sont maintenant dans la  forêt du massif de Roppe. Curieusement, sur le cadastre moderne, subsiste une parcelle dans la forêt qui marque exactement l’emplacement du chézal de  La May.

Un temple important

Les assemblées des anabaptistes de la région avaient d’abord été tenues à Montreux-le-Château [Musterol die Burg]. Vers 1750, la communauté de Montreux fut divisée en deux en raison de la grande distance que beaucoup de fidèles devaient parcourir pour aller aux réunions. Le groupe du nord a formé ce qu’on a appelé la « communauté de La May » [En allemand : Lamaenergemeinde] et l’autre appelé la « communauté de Florimont » [en allemand : Blumbergerwaldgemeinde] mais qui se réunissait la plupart du temps soit à « Chalembert », commune de Grandvillars, soit à « Beuchat », commune de Boron.

Suite sur les pages :