Le lavoir du village

Introduction

Les lavoirs aménagés existent depuis la nuit des temps et consistaient parfois en une simple pierre plate posée au bord de la rivière. Le début du XIXe siècle voit apparaître les premiers aménagement des fontaines, des sources et des rivières en de véritable bassins et constructions pour laver le linge. Suite à de nombreuses épidémies de choléra, et avec la prise de conscience de l’hygiène, une loi votée le 3 février 1851 ouvre un crédit pour encourager les communes à aménager des lavoirs publics.

Les femmes au lavoir

Au lavoir, un rude labeur est réservé aux femmes ! Les mains dans l’eau froide en toutes saisons, courbées ou agenouillées, le travail est éreintant : tremper le linge, le savonner, le brosser jusqu’à obtenir une propreté parfaite, le rincer, le tordre, l’essorer à grands coups de battoirs jusqu’à épuisement du tas.

Lieux de travail, mais aussi lieux de rencontres et d’échanges entre les femmes souvent confinées dans leur foyer ou dans leur ferme. Que ne s’est-il pas dit dans ces lavoirs !

« C’est là que les femmes ont leur conseil général………

A longueur de journée, ce lieu retentit des coups de battoir, du dégoulinement de l’eau, du choc sur la pierre des lourds draps mouillés. Dominant le tout, on entend le journal parlé de la paroisse, débité à la cantonade et sur le mode aigu par de nombreuses voix…….

Le lavoir est le domaine réservé des femmes. Jamais un homme n’oserait s’y montrer de peur d’y entendre ses quatre vérités ou, du moins, d’alimenter la langue des commères derrière son dos. Il est si difficile de chanter les louanges de quelqu’un dans un lavoir. Frapper à grands coups sur le linge sale incite à défaire la robe d’innocence du prochain. Les anges eux-mêmes n’y sauveraient pas leur auréole »

Pierre-Jakez Hélias, « Le cheval d’orgueil », Terre Humaine/Poche, Plon, 1973

Détrônés par les lessiveuses au début du XXe siècle, puis par les machines à laver vers 1950, les lavoirs sont peu à peu abandonnés. Leur entretien n’a  plus été une priorité pour les communes et nombre d’entre eux tombent en ruine. On redécouvre aujourd’hui les lavoirs, ces lieux et ces bâtiments constituent une des richesses du patrimoine rural. Beaucoup de communes ont à cœur de les sauvegarder ou de les remettre en état.  Le bruit des battoirs de nos aïeules a cessé, sans doute à jamais, comme se sont tus leurs bavardages. Mais celles qui partaient avec leur brouette chargée du linge qu’elles allaient laver dans l’eau froide de nos ruisseaux ont bien mérité qu’on leur rende cet hommage.

Consultez ce site : Les lavoirs de France, page Territoire de Belfort

Une grande lessive du temps du lavoir municipal. Vers 1910

Le lavoir jusqu’au milieu du XIXe siècle

Le 14 septembre 1835, Jean Claude Bacon, maître charpentier à Roppe établit une facture à la commune de Phaffans pour avoir réparé la fontaine Tirbonne (sic), c’est-à-dire le lavoir en bois situé à la source Tierbrunn, lieu de la légende de la fondation du village. C’est le plan de 1859 qui prouve le lieu où se tenait le lavoir.

Bacon a débité en pièces un chêne, a fourni trois toises de planches en sapin pour replancher le fond du bassin et a refait à neuf les bancs avec « trois boutants en fer avec écrous ». La commune de Phaffans a dû débourser soixante francs de l’époque pour cette remise en état.

Le lavoir de Bessoncourt au début du 20°siècle – à comparer avec ce qu’il en reste aujourd’hui

1859

Le projet de 1859

Lavoir mi dixneuvièmeLe lavoir en bois n’est plus satisfaisant, il se détériore vite et demande trop d’entretien. La loi de 1851 ouvre une ligne de crédit pour construire des lavoirs. Phaffans sollicite alors Constant Tisserand, architecte à Belfort, pour l’édification en dur de son lavoir public, à la source Tierbrunn.

 Voici un extrait des plans et de la description des travaux à effectuer de ce projet daté du 24 janvier 1859 :

Dessin du lavoir (ADTB)

La source s’écoule sous un rocher. Elle sera enfermée par un mur dont la fondation sera en béton et l’élévation en pierre de taille. La forme de la nouvelle fontaine sera celle d’un carré long, ayant 6,50 mètre de longueur sur 2,50 m de largeur hors d’œuvre, le rinçoir aura 1,50 m de longueur sur 1,90 m de largeur de vide et le lavoir aura 4,50 m de longueur de vide sur 1,60 m de largeur.

……

Les matériaux à employer pour l’exécution de ces travaux seront pris, savoir :

  1. Les pierres de tailles dans les carrières de Roppe, Vétrigne ou Offemont.
  2. Les moellons en pierre bien pour les pavés en hérisson, seront tirés des carrières de Denney.
  3. Le sable sera tiré du Moulin des Bois
  4. La chaux hydraulique de Denney

ARTICLE 1er – TERRASSEMENT

L’entrepreneur devra commencer les travaux par la destruction du bassin de l’ancienne fontaine et par le creusage d’une rigole à côté au sud de la dite fontaine; ensuite il creusera jusqu’au solide les fondations de la source du bassin et du lavoir et rinçoir, ainsi que celle du dallage et pavage au hérisson du pourtour de la fontaine.

Les fouilles ne seront faites qu’après vérification du tracé de l’architecte.Toutes les terres et pierrailles qui proviendront des dites fouilles seront conduites à la brouette sur le terrain communal à un **relais de distance. Ces fouilles seront faites plus ou moins profondes suivant que le niveau des eaux l’exigera, mais toutefois jusqu terrain solide et parfaitement de niveau.

ARTICLE 2  –  MAÇONNERIE.

Il sera établi une couche de béton de 0m,50 d’épaisseur sous le dallage du fond du bassin de la source, et de 0m,40 d’épaisseur moyenne sous les pavés au dallage du fond du lavoir et rinçoir et enfin de 0m, 25 sous le dallage du palier au pourtour de la fontaine.

Ce béton sera fait avec de la chaux hydraulique, sable de rivière bien lavé et pierres cassées et établi suivant les proportions indiquées à l’article 2 analyse du prix.

PIERRES DE TAILLES

La source sera enfermée par une assise en pierre de taille de 0m,50 d’épaisseurs sur 0m,60 de hauteur, posées sur béton de fond. Il sera ensuite posé entre le mur sur le béton un dallage de 0m,10 d’épaisseur. Les margelles du rinçoir seront aussi d’une seule assise de 0m,70 de hauteur sur 0m,30 d’épaisseur posées comme les précédentes sur le béton. Les margelles du lavoir seront aussi de 0m,70 de hauteur sur 0m,45 d’épaisseur, taillées au revers dans leur dessus de 0m,35 de largeur sur 0m,20 de pente du côté intérieur en laissant un listel carré de 0m,15 de largeur. Sur bord extérieur et évidé extérieurement par arc de 0m,25 sur 0m,07 de flèche; elles seront formées de morceaux de au moins un mètre de longueur à peine de les remplacer quand même la construction serait terminée

PAREMENT

La taille des parements vus de toutes les pierres sera soignée dans son exécution. Toutes les arêtes seront proprement taillées au ciseau, bien droites et bien vives et le surplus sera passé deux fois au large ciseau de manière à former des surfaces bien droites et dégauchies dans tous les sens.

La taille des lits et des joints devra être faite avec autant de précision que celle des parements, les lits non démaigris et les joints appareillés de manière à ce qu’il ne reste pas plus d’un demi centimètre de vide après la pose pour couler le ciment.

Les rejointoiements seront fait après la pose au ciment fin dans lequel on mélangera un dixième de limaille de fer et autant d’huile de lin dans la composition. Le ciment ainsi préparé sera posé à la fine truelle, poli et lissé au fer jusqu’à ce qu’il soit durci. Dans la milieu des lits et des joints de chaque pierres devant contenir de l’eau, il sera pratiqué une ou deux rainures de 0m,09 de côté suivant que leur largeur le permettra afin que quand les morceaux seront rapprochés ils formeront des rainures carrées qui seront ensuite remplis de ciment que l’on foulera par les extrémités de la pierre avec une tringle.

Enfin dans chaque joint des margelles des bassins , il sera scellé un goujon en fer carré de 0m,10 de longueur, scellé d’un bord en plomb avant la pose et de l’autre en ciment de limaille de fer, en observant de les placer à côté des rainures et à 0m,20 du haut des assises.

SERRURERIE

Les goujons à employer dans les joints des margelles sont au nombre de 23 pesant chacun 5 hectogrammes ou ½ kg.

PAVAGE

Les revers de pavé en hérisson à établir autour du palier de la fontaine sur trois faces en forme de rigole pour l’écoulement des eaux auront pour longueur développé 22m,75 et pour largeur 0m,50 et formeront arc de 0m,75 de flèche et une pente de 0m,12 pour l’écoulement des eaux dans le sens longitudinal de la fontaine. Ce pavé sera exécuté en moellons d’échantillon les plus durs de la carrière ayant au moins 0m,25 de longueur de queue sur 0m,30 de largeur et 0m,15 d’épaisseur. Si ce n’est ceux des bordures qui seront un peu plus fort.

Ces moellons seront posés sur champ, sur forme de sable de 0m,08 d’épaisseur,bien garnis de sable dans les joints qui seront toujours croisés par ceux des rangées voisines,bien damés et consolidés; ensuite recouverts d’une nouvelle couche de sable fin.


1904

Couverture métallique : 1904/05

Le 19 juin 1904, la commune attribue l’adjudication pour la couverture métallique du lavoir à Léon Demouge, entrepreneur à Phaffans, pour la somme de 1099,66 francs.

La réception définitive des travaux sera effectuée par Pierre Cordier, architecte départemental à Belfort le 15 décembre 1905. Elle sera signée par le maire de Phaffans M. Bourquardez.

À remarquer, sur la figure ci-dessus, le hourdage en planche qui mettait les lavandières à l’abri des intempéries.


1921

Travaux urgents : 1921

Suite à des manques d’étanchéité dans la lavoir et dans son réservoir, la commune, représentée par son maire, Jules Lenez, fait exécuter les travaux nécessaires par Jean Nottaris, entrepreneur à Fontaine. Le coût total s’élève à 2926 francs.

Ces travaux sont de grande ampleur au vu du devis :

  • 518 heures demain d’œuvre pour le dallage, à 3 francs de l’heure !
  • Fournitures :
  • 110 sacs de ciment prompt à 10 francs pièce.
  • 10 sacs de ciment portland à 11 francs pièce.
  • 9 m3 de sable et graviers à 18 francs le m3.

1934

Un lavoir de secours sur l’Ermite : 1934/35

L’unique lavoir de la commune est privé d’eau pendant les périodes de sécheresse et nous pouvons comprendre que cela pose beaucoup de gêne aux habitants. Le 14 novembre 1934, il est décidé d’en construire un deuxième, à proximité du chemin menant à Denney sur le ruisseau l’Ermite. Cette solution semble satisfaire la population. La dépense est évaluée à 4400 francs. L’entrepreneur Mora ne pouvant plus assurer le travail, c’est Célestin Juif, entrepreneur à Phaffans, qui reprendra la tâche pour le même montant (délibération du 5 décembre 1934).

Le 24 avril 1935 le maire, Louis Monnier, réceptionne définitivement les travaux de M. Juif.

Ce lavoir, de petites dimensions, pouvait accueillir deux lavandières. Disparu au moment de la construction de l’ancienne station d’épuration en 1973, il se trouvait au bord de l’Ermite, au niveau de l’Écopoint actuel.


Aujourd’hui

Le lavoir aujourd’hui

Il a subi l’outrage des ans et des tempêtes ! Ce patrimoine est en train de disparaître.

Photo A. Casero
Photo A. Casero

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