Une ferme anabaptiste

La May sous l’Ancien Régime

Il y a trois siècles, les anabaptistes, chassés de Suisse à cause de leur religion, s’installèrent à la ferme de la May, propriété du comte Reinach-Foussemagne. Les bâtiments étaient construits au milieu du ban commun aux villages de Menoncourt et d’ Éguenique. Cette zone, dont le tracé en rouge sur la carte donne le contour, atteste l’existence d’un conflit territorial. Pourtant, le Bois du Mont, tout au nord, appartient au ban de Menoncourt. En dehors de ce périmètre, un litige a subsisté jusqu’à la Révolution pour une parcelle de terre [A] et un bois [23] .

En rouge : limite du finage en contestation entre Menoncourt et Eguenigue. Le domaine de la May en occupe une place centrale (ADTB) – Plan de 1760 – 1763

La vie des agriculteurs de la May s’était déjà fortement organisée depuis 50 ans lorsque ce plan fut établi.

Dans le tome deux de « La nouvelle description de l’Alsace » de Jean-Frédéric Aufschlager, livre publié en 1826, on a une indication de la population anabaptiste des alentours (le deuxième nombre donne la population totale) :

  • Phaffans 7/237
  • Reppe 17/398
  • Eguenigue (La May) 8/283
  • Belfort 52/4738
  • Andelnans 10/349
  • Danjoutin 12/462

L’enclos de la cense* de la May, comporte trois zones sur une surface d’un peu moins d’un hectare. Il est à l’écart, à environ 600m de la route qui mène de Belfort à Colmar (D83).

La ferme était bâtie à l’est du chemin. Nous la retrouvons à la même place 70 ans plus tard. Dans le Pâqui, peuplé de taillis, le petit bâtiment est le temple dans lequel la communauté anabaptiste se réunissait pour les offices. La zone plus grande, isolée du reste par une surface en taillis, est une tuilerie avec sa carrière d’argile, le cadastre de 1830 l’indique exactement à cet endroit. Est-elle conduite par les anabaptistes ? Les « frères » se sont presque exclusivement consacrés à l’agriculture. Un chemin encore visible conduisait à la ferme en longeant un grand étang de deux hectares qui fournissait du poisson pour la subsistance et la revente. Il n’apparaît plus sur le cadastre de 1831.

La culture se faisait sur les grandes surfaces attenantes. Les « Prés de la May » s’étendent sur 25 hectares, débordant largement la route d’Anjoutey (D12), aujourd’hui majoritairement recouvertes de forêt. Il faut adjoindre le « Pré de la Buse » de cinq hectares et les terres destinées aux labours d’une superficie totale de 18 hectares. Nous avons donc un beau domaine donnant du travail à une ou deux familles anabaptistes courageuses et organisées.

Les anabaptistes étaient connus pour leur talent de défricheurs. Compte-tenu de la forme des parcelles situées au nord de la ferme, on peut penser qu’ils ont mené ici un travail sur la forêt. En effet, si la tuilerie fonctionnait, il fallait beaucoup de bois pour alimenter les fours.

Suite sur les pages :

* cense : nom donné aux métairies, dans l’Ancien Régime. On a tendance à considérer qu’une cense est plus importante qu’une ferme. Ne pas confondre avec cens qui est la redevance que le possesseur d’une terre payait au seigneur.


Légende de cette carte

Les terres labourables d’un total de 18 ha :

  • 26 – Les Paches
  • 27 – Mal Journal
  • 28 – Sur le Ronchant
  • 29 – Les Champs du Comte
  • 30 – Les Champs du Mont (3,9 ha)

Les prés :

  • 31 – Pré de la Buse (5 ha)
  • 32 – Les Prés de la Maie** (25 ha)
  • 34 – La Goure (friches)

Les bois :

  • 35 –  Le Bois du Compte** (3 ha)
  • 36 – La Raisinière (0,7 ha) peuplé d’un taillis de toutes espèces de bois revenu sur souches sur un sol passable.
  • 37 – Le Paqui**

Autres :

  • 33 – Enclos de la cense de la Maie** (0,9ha)
  • 39 – Étang de la Maie** (2ha)

** Suivant l’orthographe du plan.